SCÈNE I

Athènes.—Appartement dans la maison d'un sénateur.

Entre un SÉNATEUR avec des papiers à la main.

LE SÉNATEUR.—Et dernièrement cinq mille à Varron; il en doit neuf mille à Isidore, ce qui, joint à ce qu'il me devait auparavant, fait vingt-cinq mille.—Quoi! toujours cette rage de dépenser? Cela ne peut pas durer; cela ne durera pas.—Si j'ai besoin d'argent, je n'ai qu'à voler le chien d'un mendiant, et en faire présent à Timon: le chien me battra monnaie.—Si je veux vendre mon cheval, et du prix en acheter vingt autres meilleurs que lui, je n'ai qu'à donner à Timon, je ne lui demande rien. Je le lui donne; aussitôt mon cheval me produit des chevaux superbes.—Point de portier chez lui; mais un homme qui sourit à tout le monde, et invite tous ceux qui passent. Cela ne peut durer; il n'y a pas de raison pour croire sa fortune solide. Caphis, holà! Caphis.

(Entre Caphis.)

CAPHIS.—Me voilà, seigneur; que désirez-vous de moi?

LE SÉNATEUR.—Mettez votre manteau, et courez chez le seigneur Timon: demandez lui avec importunité mon argent, qu'un léger refus ne vous arrête pas; n'allez pas vous laisser fermer la bouche par un: «Faites mes compliments à votre maître,» le bonnet tournant ainsi dans la main droite. Dites-lui que mes besoins crient après moi, et que c'est à mon tour à me servir de ce qui m'appartient. Tous les jours de délais et de grâce sont passés; et par trop de confiance à ses vaines promesses, j'ai altéré mon crédit. J'aime et j'honore Timon; mais je ne dois pas me rompre les reins pour lui guérir le doigt; mes besoins sont pressants; il faut que je sois satisfait immédiatement sans être bercé par des paroles. Partez; prenez un air des plus importuns, un visage de demandeur, car je crains bien que le seigneur Timon, qui maintenant brille comme un phénix, ne soit bientôt plus qu'une mouette plumée, quand chaque plume sera rendue à l'aile à laquelle elle appartient.

CAPHIS.—J'y vais, seigneur.

LE SÉNATEUR.—«J'y vais, seigneur?»—Portez donc les billets, et prenez-en les dates en compte.

CAPHIS.—Oui, seigneur.

LE SÉNATEUR.—Allez.