SCÈNE IV
Plaine entre Troie et le camp des Grecs.
(Bruits d'armes; mouvements de troupes.)
THERSITE entre.
THERSITE.—Maintenant ils sont à se tarabuster l'un l'autre; je veux aller voir cela. Cet abominable hypocrite; ce faquin de Diomède a planté sur son casque la manche de ce jeune imbécile de Troie, de cet amoureux extravagant; je serais curieux de les voir aux prises, et que ce jeune ânon de Troyen, qui aime cette prostituée-là, pût envoyer ce maître fourbe de Grec débauché avec sa manche, vers sa courtisane, lui porter un message sans manche. D'un autre côté, la politique de ces rusés et déterminés coquins... de Nestor, ce vieux morceau de fromage sec et rongé des rats, et de ce renard d'Ulysse... ne vaut pas une mûre de haie. Ils ont, par finesse, opposé ce roquet métis, Ajax, à cet autre roquet d'aussi mauvaise race, Achille: le roquet Ajax est aussi fier que le roquet Achille, et ne s'armera pas aujourd'hui. Les Grecs mécontents commencent à être tentés d'invoquer la barbarie; la politique a bien perdu dans leur esprit. Doucement.—Doucement, voici la manche, et l'autre aussi.
(Entrent Diomède et Troïlus.)
TROÏLUS.—Ne fuis pas, car tu passerais le fleuve du Styx que je me jetterais à la nage sur ta trace.
DIOMÈDE.—Tu donnes à tort le nom de fuite à ma retraite; je ne fuis pas: c'est le soin de mon avantage qui m'a fait éviter la mêlée: à toi!
THERSITE, à part.—Garde ta prostituée, Grec!... Allons, bravo pour ta prostituée, Troyen!... allons, la manche, la manche!
(Diomède et Troïlus sortent en combattant.)
(Hector survient.)
HECTOR.—Qui es-tu, Grec? Es-tu fait pour te mesurer avec Hector? es-tu d'un sang noble? as-tu de l'honneur?
THERSITE.—Non, non; je suis un misérable, un pauvre bouffon qui n'aime qu'à railler, un vrai vaurien.
HECTOR.—Je te crois; vis.
(Il sort.)
THERSITE.—Les dieux soient loués de ce que tu veux bien m'en croire; mais que la peste t'étrangle pour m'avoir effrayé! Que sont devenus ces champions de filles? Je crois qu'ils se sont avalés l'un l'autre: je rirais bien de ce miracle. Cependant, en quelque façon, la débauche se dévore elle-même. Je vais les chercher.
(Il sort.)