SCÈNE VI

Une autre partie du champ de bataille.

AJAX reparaît.—Troïlus, lâche Troïlus, montre donc ta tête!

DIOMÈDE arrive.—Troïlus, dis-tu? où est Troïlus?

AJAX.—Que lui veux-tu?

DIOMÈDE.—Je veux le châtier.

AJAX.—Je serais le général que tu m'arracherais ma dignité avant que je te laissasse ce soin... Troïlus! dis-je; Troïlus!

(Entre Troïlus.)

TROÏLUS.—O traître Diomède! tourne ton visage perfide, traître, et paye-moi ta vie, que tu me dois pour m'avoir enlevé mon cheval!

DIOMÈDE.—Ah! te voilà?

AJAX.—Je veux le combattre seul, arrête, Diomède.

DIOMÈDE.—Il est ma proie; je ne veux pas vous regarder faire.

TROÏLUS.—Venez tous deux, Grecs perfides[53], voilà pour tous les deux.

Note 53: [(retour) ]

Græcia mendax. (Cicéron.)

(Ils sortent en combattant.)

(Entre Hector.)

HECTOR.—Ah! c'est toi, Troïlus! oh! bien combattu, mon jeune frère.

(Achille paraît.)

ACHILLE.—Enfin, je t'aperçois.—Allons, défends-toi, Hector.

(Ils combattent.)

HECTOR.—Arrête, si tu veux.

ACHILLE—- Je dédaigne ta courtoisie, orgueilleux Troyen. Tu es heureux que mes armes soient hors d'usage; ma négligence et mon repos te servent en ce moment, mais bientôt tu entendras parler de moi; en attendant, va, suis ta fortune.

(Il sort.)

HECTOR.—Adieu. Je t'aurais offert un adversaire plus frais et plus dispos, si je t'eusse attendu. (Troïlus paraît.) Eh bien! mon frère?

TROÏLUS.—Ajax a pris Énée. Le souffrirons-nous? Non, par les feux de ce ciel glorieux, il n'emmènera pas son prisonnier; je serai pris aussi, ou je le délivrerai.—Destin, écoute ce que je dis: peu m'importe que ma vie finisse aujourd'hui.

(Il sort.)

(Paraît un autre guerrier revêtu d'une armure somptueuse.)

HECTOR.—Grec, arrête: tu es un beau but.—Non, tu ne veux pas? Je suis épris de ton armure; je veux la briser et en faire sauter toutes les agrafes jusqu'à ce que j'en sois maître. (L'autre fuit.) Tu ne veux pas rester, animal? Eh bien! fuis donc, je vais te faire la chasse pour avoir ta dépouille.

(Il le poursuit.)