Catherine va à la porte de M. le curé.
Après le départ de maître Guillaume, Catherine prit sa fille par la main et lui donna son bissac; elles firent une tournée dans le bourg et dans les métairies des environs. En passant, elles s'arrêtèrent devant la porte de M. le curé, qui les fit entrer.
«Ma bonne femme, dit-il à Catherine, pourquoi ne placez-vous pas cette enfant chez quelque cultivateur qui l'enverrait aux champs garder les bestiaux? Elle y serait plus heureuse qu'elle ne peut l'être avec vous, et elle ne s'accoutumerait pas à mendier. Prenez garde! vous en ferez une fainéante.
--Monsieur le curé, il y a longtemps que j'y ai pensé, et je vous assure que c'est un grand chagrin pour moi que de la voir aller aux portes: il y a même des jours où elle ne peut s'y décider; mais je suis si faible, si malade, que je ne pourrai sortir de tout l'hiver.
--Pourquoi donc cela?
--C'est que les médecins l'ont défendu, parce qu'ils disent que j'ai les poumons attaqués. Je tousse beaucoup et je suis incapable de travailler; si Jeanne ne va pas demander du pain pour moi, il faudra donc mourir de faim! Mais soyez tranquille, monsieur le curé, je placerai ma petite Jeanne chez d'honnêtes gens aussitôt que je le pourrai; ça me peine bien trop de mendier à mon âge, pour vouloir que ma fille en fasse autant.
--Vous avez raison, ma brave femme. Nous verrons dans quelque temps ce qu'on pourra faire pour vous: en attendant, vous viendrez tous les dimanches ici chercher vingt-cinq centimes.
--Grand merci, monsieur le curé: ces vingt-cinq centimes-là, avec les cinquante que me donne Mme Dumont, serviront à nous acheter quelque chose pour nous habiller; car j'ai honte de nos guenilles.»