La petite Jeanne apprend à tricoter.

Le vendredi suivant, Jeanne alla comme à l'ordinaire chercher les cinquante centimes chez Mme Dumont. Sophie lui fit voir les bas qu'elle lui tricotait et qui étaient presque finis.

«Moi, je ne suis pas aussi avancée, dit Isaure; je n'en suis encore qu'au premier bas: c'est que je ne travaille pas aussi vite que ma soeur, parce que je suis plus petite qu'elle.

--Que je voudrais donc bien en faire autant! dit Jeanne.

--Veux-tu que je t'apprenne à tricoter?

--Je le veux bien, mademoiselle.

--Eh bien, dit Mme Dumont, tu viendras tous les lundis, les mercredis et les vendredis à deux heures.

--Oui, madame: ces jours-là je ne fais point de tournée, parce que maman dit qu'il ne faut pas ennuyer les gens qui nous assistent. Elle ne peut presque plus marcher, car ses jambes sont enflées, et je vais demander toute seule.

--Et comment fais-tu pour avoir un peu de bois? car il faut du feu pour faire de la soupe?

--La mère Nannette nous laisse mettre notre pot devant son feu; elle est si bonne!»

Jeanne ne manqua pas de venir apprendre à tricoter, et Isaure lui commença une jarretière; rien n'était plus charmant à voir que ces deux petites têtes si près l'une de l'autre et ces petites mains entrelacées. Jeanne était assise sur un tabouret; Isaure, à genoux derrière elle, tenait une des mains de son écolière dans chacune des siennes, pour lui apprendre à se servir de ses aiguilles; elle passait sa tête par-dessus l'épaule de Jeanne, afin de voir comment elle s'y prenait.