Madame Dumont.
La servante prit Jeanne par la main et la fit entrer dans la maison. Elles montèrent un grand escalier et traversèrent une chambre pleine de beaux meubles. Jeanne ouvrait de grands yeux, car elle n'avait jamais rien vu de semblable. Elles entrèrent dans une autre chambre où il y avait deux lits tout blancs. Mme Dumont était occupée à peigner les cheveux blonds d'une petite demoiselle qui était de l'âge de Jeanne, et qui se mit à dire:
«Ah! maman, la jolie petite fille; voyez donc!»
Mme Dumont leva les yeux, et sa servante lui dit:
«Cette enfant a trouvé le bracelet de madame et vient le lui rapporter. Allons, petite, avance donc; madame est bien bonne; n'aie pas peur!»
Jeanne se laissa mener par la servante en tenant la tête baissée et sans oser seulement lever les yeux.
La dame lui dit:
«Tu ne sais pas tout le plaisir que tu me fais, mon enfant, en me rapportant ce bracelet. Qui es-tu donc?»
Comme Jeanne ne disait rien, la servante répondit pour elle:
«Madame, sa mère est en bas à la porte; c'est une pauvre femme qui demande son pain.
--Je descendrai la voir aussitôt que j'aurai relevé les cheveux d'Isaure.
--Madeleine, s'écria la petite demoiselle blonde, j'espère que tu ne diras plus que le vendredi est un jour de malheur: tu vois bien que l'on peut être heureux ce jour-là tout comme un autre.
--Et je ne veux pas qu'il n'y ait de bonheur que pour moi aujourd'hui, ajouta Mme Dumont; cette pauvre femme sera bien récompensée.»
Mme Dumont descendit alors, suivie d'Isaure et de la servante, qui tenait toujours Jeanne par la main. Quand elle fut arrivée au bas de l'escalier, elle appela Catherine, et, la voyant si pâle, elle la fit asseoir.
«Où avez-vous donc trouvé mon bracelet?
--Madame, c'est Jeanne, ma petite fille, qui l'a vu reluire au soleil et qui l'a ramassé au bord du fossé sur la route.
--Je vous remercie de me l'avoir rapporté, et voici quinze francs pour vous récompenser de votre probité.
--Oh! merci, madame: je n'ai fait que mon devoir en vous rendant ce qui vous appartient; je ne dois pas en être récompensée.
--Eh bien! comme vous m'avez fait un grand plaisir, je veux vous en faire un aussi: prenez donc cet argent.
--Que Dieu vous bénisse, madame, pour le bien que vous me faites!
--Mais, dites-moi: il me semble que je ne vous ai jamais vue dans ce pays-ci? Pourquoi mendiez-vous donc, étant encore dans la force de l'âge?
--C'est que, madame, j'y suis forcée par ma grande misère.»
Alors elle raconta son malheur et la charité de la mère Nannette. «Catherine, vous enverrez votre petite fille ici tous les vendredis, et je lui donnerai une pièce du cinquante centimes.
--Que Dieu vous récompense, madame!»
Et Catherine, ayant pris sa fille par la main, sortit pour retourner chez la mère Nannette.
En entrant, elle lui présenta les trois pièces de cinq francs qu'on lui avait données:
«Prenez-les, mère Nannette; ça vous dédommagera un peu; car il n'est pas juste que vous me logiez pour rien si je puis vous donner quelque chose.
--Vous savez bien, Catherine, que je ne veux rien accepter pour cela; ce n'est pas une grande gêne pour moi de vous avoir dans ma maison, qui peut nous loger toutes les deux; mon feu peut faire bouillir votre pot en même temps que le mien. Mais donnez-moi votre argent; je vous le garderai pour acheter ce qui vous sera nécessaire.»