Maître Tixier vend ses juments.

«Voyons, grand Louis, mets-toi là; tu vas boire un coup et manger des gâteaux de ta femme. Louise, donne-lui un verre. Voilà monsieur l'officier qui a grande envie de la Grise: faut-il la lui vendre?

--Notre maître, à votre volonté; mais je vous avertis que, si vous la vendez, la Blanche dépérira. Vous savez bien qu'elles ne peuvent pas se passer l'une de l'autre; quand vous emmenez l'une des deux pour aller seulement à la ville, l'autre ne travaille pas la moitié autant qu'à l'ordinaire, et elle ne mange pas un seul brin de foin tant que vous n'êtes pas revenu.

--C'est une raison, ça; je n'y avais pas pensé.

--Mon capitaine, dit Étienne Durand, le colonel a besoin de chevaux de voiture: si l'on prenait la Grise et la Blanche, sauf meilleur avis?

--Vous avez raison, Durand; voyons, maître Tixier, quel prix en voulez-vous?

--Vous savez, monsieur l'officier, que j'en ai refusé deux mille deux cents francs, et je vous ai dit la vérité; mais, comme je ne veux pas faire marchander un homme comme vous, donnez-moi deux mille francs nets et je serai content.

--C'est un peu cher, maître Tixier.

--Je n'en peux rien rabattre, et je vous demanderai encore une pièce de vingt francs par jument pour les épingles de grand Louis. Qu'en dis-tu, toi?

--Notre maître, répondit grand Louis, je dis que c'est leur prix; mais, si monsieur l'officier sépare les pauvres bêtes, elles dépériront, je l'en avertis, car elles ne se sont jamais quittées. --Allons, puisqu'il faut en passer par là, va donc pour deux mille francs et les épingles. Vous, mon garçon, soyez tranquille; je vous promets que vos juments vivront dans la même écurie et qu'elles seront attelées à la même voiture. Maître Tixier, je ne peux pas prendre vos bêtes tout de suite; vous me les amènerez à la foire de Vatan dans cinq jours. Je n'achète pas comme un particulier, moi; il faut que mon marché soit signé des autorités. Je vais laisser les épingles à votre homme, pour qu'il soigne bien mes juments. Adieu, maître Tixier; merci de votre bon accueil.»

Étienne Durand demanda la permission de causer un instant avec Joséphine, et partit plein d'espoir avec son officier.