Marguerite veut rentrer au Grand-Bail.

Vers le commencement des vendanges, Jeanne était seule à la maison avec la maîtresse, qui ne quittait plus guère le lit depuis que les chaleurs étaient passées. Elle vit entrer Marguerite, l'ancienne bergère; elle était si changée que Jeanne eut de la peine à la reconnaître.

«Tiens! te voilà ici, toi! lui dit-elle.

--Mon Dieu, oui, ma Jeanne, et je suis bien dans la peine.

--Est-ce que tu n'es plus en place?

--Non; j'ai eu la fièvre à la fin de la moisson, et ceux de la Périnnerie, où j'étais, m'ont renvoyée. Je me suis retirée dans le bourg, chez la mère Feuillet; la pauvre femme m'a bien soignée, mais le peu d'argent que j'avais y a passé, et il m'a fallu vendre ma robe de cotonnade violette et mon tablier noir. Si je ne trouve pas une place tout de suite, je serai obligée d'aller demander mon pain.

--Eh bien! Marguerite, je te l'avais bien dit!

--Ah oui! tu avais bien raison! j'y ai souvent songé, pendant que j'étais au lit avec la fièvre et que je voyais mon pauvre argent s'en aller.»

La maîtresse, qui ne dormait pas, écarta son rideau et dit durement à Marguerite:

«Que viens-tu faire ici, toi?

--Maîtresse, si vous vouliez me reprendre, vous me feriez une grande charité.

--Tu sais bien ce que le maître t'a dit; tu le connais, il ne revient jamais sur sa parole.»