Mort de grand Louis.
Le médecin arriva, et, après avoir déshabillé le malade, il déclara qu'il avait quelque chose de rompu entièrement et qu'il ne pourrait en revenir; il pansa pourtant sa plaie qui était affreuse, et dit en partant à M. le curé que grand Louis ne passerait pas la nuit.
Le digne prêtre ne voulut pas quitter Jeanne, à qui il ne cacha pas ce qu'avait dit le médecin; ils restèrent auprès du malade, qui était toujours assoupi. M. le curé récita tout haut les prières des agonisants, et Jeanne alluma un cierge à côté du lit. Vers deux heures du matin, grand Louis ouvrit les yeux et appela sa femme:
«Amène-moi les enfants, que je les embrasse pour la dernière fois!»
Ensuite il pria M. le curé d'entendre sa confession. Pendant ce temps-là, Jeanne était à genoux au pied du lit, étouffant ses cris dans les couvertures. Après avoir fini, grand Louis dit:
«Monsieur le curé, je vous recommande ma femme et mes enfants; il y en a un qui lui donnera bien du mal; soutenez-la, je vous en prie, pour l'amour de Dieu.
--Soyez tranquille, mon ami. Je suis fort attaché à Jeanne, qui a été élevée sous mes yeux; elle est honnête et courageuse, et elle saura bien se soutenir.»
Grand Louis voulut répondre, mais il eut une convulsion et mourut.
Jeanne se jeta sur lui et poussa des cris déchirants, auxquels se joignirent ceux des enfants; ce fut une scène de désolation. Jeanne fut prise d'une violente convulsion; quand elle fut revenue à elle, le curé lui dit:
«Jeanne, ce grand chagrin-là n'est pas d'une chrétienne; c'est une révolte contre la volonté de Dieu.
--Monsieur le curé, vous ne savez pas tout mon malheur! Je vais avoir un autre enfant, un pauvre petit qui ne verra jamais son père!»
Et elle recommença ses cris.
«C'est une raison de plus pour vous calmer, Jeanne. Vous êtes plus occupée de vous dans cette grande désolation que vous ne le croyez. Votre mari reçoit en ce moment la récompense de sa vie honnête, et il n'est plus à plaindre; le malheur tout entier est pour vous et pour vos enfants, qui vont souffrir si vous ne vous occupez que de votre chagrin. Dieu ne veut pas que l'on néglige les vivants pour les morts: c'est là un grand péché, et je ne pense pas que vous veuillez offenser Dieu.»