I
«Elle croit vigoureuse, elle meurt loin des hommes, la fleur des steppes, et bien loin l’œil s’égare en vain sur la plaine. A une douleur fatale cherches-tu allègement? Le steppe n’a qu’un Ciel nébuleux et les baies acerbes des buissons. Va plutôt vers les riants pays du myrte et du cyprès: là chaque jour le soleil se lève éclatant comme une robe de fiancée. Là, dans un air pur, radieuse apparaît la nature, les voix sont harmonieuses, les souffles caressants. Là se cueille le laurier, là le ciel est serein, la terre est embellie, les âmes sont libres de soucis. Et sur des monuments superbes se dressent les hommes des siècles passés, blanches statues, fières de leurs noms glorieux, qui t’appelleront de loin vers des ruines enchanteresses, demeure des dieux et des héros — et des araignées. Là, si la pensée des choses d’autrefois est entrée profondément dans ton cœur, peut-être que, fixant ton œil sur, l’azur d’un beau ciel, tu trouveras quelque douceur dans le désespoir, quelque charme dans le deuil, et comme le sourire d’une bouche aimée au milieu d’une mortelle souffrance. Mais ne va pas sur les steppes, si le cœur te fait mal. Dans la plaine il y a les terres funèbres... rien de plus n’a subsisté. Le reste, le vent d’Ukraine en a balayé jusqu’au vestige. Demeure dans ta maison, et écoute les chansons qui parlent du Cosaque.»
— «Mon jeune enfant, quel est donc le but de ton voyage? Reviens-tu de la Terre Sainte, toi qui te lamentes ainsi?»
— «Non! je suis inconnu à tous dans ma patrie, et la mort a laissé dans mon sein sa noire empreinte. Pour moi, le gâteau de la vie fut amer, empoisonné... J’ai le cœur oppressé, je pleure sur mon sort. Et si je souris, c’est comme par pénitence; et si je chante, triste est ma chanson; car, sur mon visage flétri la pâleur habite, car de mon âme effarouchée on a arraché la racine du bonheur, car l’ange qui veille sur moi n’a vu dans l’avenir qu’un tombeau.»
— «Que veux-tu donc, enfant?» — «Échapper au désespoir!...»