XI
Quelles trompettes ont sonné derrière la forêt voisine? Quels nouveaux escadrons arrivent au galop avec des hourras? Quel est cet autre guerrier, qui, frappant à droite et à gauche, se fraie un chemin par le carnage et la terreur? Son cheval effleure à peine la terre, ses cheveux rares et blancs se déploient au vent et luisent comme la crinière d’une comète; il semble nager dans l’air; dressé sur l’étrier, il se précipite, et l’appréhension redouble sa vitesse. Comme la lionne, qui a quitté son lionceau, bondit de fureur en le retrouvant entouré d’hommes, comme la mère, qui avait perdu toute espérance de revoir son fils, à son aspect est égarée par la joie, avec ces émotions mêlées de la mère et de la lionne, le sabre flamboyant au poing, avec le vol de l’éclair, aux yeux des ennemis étonnés, aussi épouvantés que par la vue d’un fantôme, à coté de son gendre le vieux Porte-glaive apparaît. Les escadrons le suivent de près. C’est à toi qu’appartient son premier salut, han bouffi d’orgueil! Ils courent avec fureur l’un contre l’autre. Polonais et Tatars, immobiles, attentifs, regardent ce qui va arriver. Quelque temps le Porte-glaive se joue de son ennemi, frappe, se jette de côté, revient impétueux, presse son adversaire, et enfin, choisissant le moment, riposte par un coup vigoureux qui plonge son fer sacré dans la nuque de l’infidèle. Tranchée par ce coup terrible, la tête se détache, tourne les yeux, balbutie des paroles inintelligibles, roule, la bouche béante, pâlit et meurt; le tronc, à cheval et immobile, darde son sang vers le ciel! Un cri de terreur s’élève, les ennemis se débandent, le cheval du han s’enfuit au milieu des hordes avec le corps de son maître; la frayeur s’est emparée des barbares, les trompettes sonnent, sonnent le carnage; les troupes fraîches courent sur les fuyards, les autres s’élancent à l’envi... choc, étincelle, sifflement et éclair, coup, cris, plaintes, hennissements... et la gloire poudreuse vient embellir la destruction.