Thrène XVIII

Enfants ingrats d’un si généreux père,

Quand pour nous tout est prospère,

Négligeant de te bénir,

Nous ne pensons qu’à notre seul plaisir.

Nous oublions qu’il nous vient de ta grâce,

Et que vite il fuit et passe

Lorsque pour de tels bienfaits

Un cœur léger ne te bénit jamais.

Ô guide nous! Loin de nous les chimères

Des vains plaisirs éphémères:

Et fais-nous penser à toi

Ou par l’amour ou sinon par l’effroi!

Mais punis-nous, oh! punis-nous en père!

Nous fondrons sous ta colère

Comme la neige au printemps,

Quand le soleil darde ses traits ardents.

Nous périrons tous, ô Dieu redoutable,

Si ta foudre nous accable

Sous le poids de ton courroux.

Non, ce supplice est trop cruel pour nous!

Mais notre espoir sur ta bonté se fonde;

On verra périr le monde,

Avant que le repentir

Perde, ô seigneur! le droit de te fléchir.

De mes péchés si le torrent déborde,

Ô Dieu, ta miséricorde

Surpasse mes iniquités:

Pour moi, Seigneur, j’implore tes bontés.