8

(Pis. r. Trabuc’a)

A Grodna, ce 11 Juin 1664

Madame. Bien que la poste ne soit pas encor arrivée, Je ne laisse pas d’ expedier celle — cy deux jours devant l’ ordinaire (comme Vous l’ avez desiré). Je Vous ay desia escrit que J’ avois fait dessein de partir d’ icy le seiziesme de ce mois, croyant que le Chancellier de la Couronne arriveroit en cette ville entre — cy et ce temps — la pour le Conseil General qui se doit tenir pour les affaires de cette Duché; mais voyant qu’ il n’ est pas encor arrivé, ny mesme ne sçachant pas, s’ il y vient ou non, aprez vous en avoir escrit tant de fois, Je croy que Je seray obligé de l’ attendre icy pour ce subiect, quand Je le devrois faire iusques au mois de Septembre, ne pouvant pas sans luy mettre fin a ces affaires, ny mesme obliger tous ces Messieurs a me suivre iusques a Grodna, ou a Novodwor, pour les terminer. J’ ay eu assez de peine a les assembler icy, pour pouvoir esperer de les obliger a me suivre iusques là. Je vous prie de m’ excuser, si Je ne vous escris de ma main. J’ ay un peu de mal de teste qui m’ a obligé a me mettre dans le lict. [Data j. w.].

Lorsque J’ estois sur le point de signer cette lettre, l’ ordinaire est arrivé, qui m’ a apporté Vostre lettre du 7. de ce mois, pour response a laquelle Je vous diray que je suis fort marry que le Chancellier aille trouver le Palatin de Vilna. Je sçay qu’il ne gaignera rien sur son esprit, et que mesme au lieu de le persuader de venir icy, il l’ en destournera en cas qu’ il en ayt pris le dessein, a cause de la haine mortelle qu’ il a contre le Chancellier de Lithuanie.

Puisque Vous me mandez que Vostre santé ne Vous permettra pas de pouvoir venir iusques a Grodna, Je pourray bien aussy n’ y point passer, et m’ en aller tout droit a Varsavie de Jerowicz70. Et comme J’ entens qu’ a Bilsk71 et a ces environs il y a une grande famine, Je seroy fort ayse que vous ny vinsiez point, puisque mesme Votre santé n’ est pas encor bien restablie. Ce sera assez que Vous veniez iusques a Nieporent ou a Bialolenka, et encor mieux, si vous ne venez que iusques a la porte du Jardin du Palais.

Il n’ est pas possible que Je puisse Vous voir a la St. Je[an], ne pouvant pas partir d’ icy, [qu]e le Chancellier ne soit arrivé, pour les raisons susdi[tes]72, ny mesme ne jugeant pas a propos de me rendre si tost a Varsavie pour n’ estre pas obligé d’ intimer si tost les petittes Dietes, puisque les affaires de l’ Estat ne permettent point qu’ on fasse la Diete qu’ au mois de Novembre (comme Je vous ay desia mandé).

Non vi scrivo di mio pugno, impedito dal mio solito dolore di testa73.

[P. S] Quand a ce qui regarde le dessein que Vous avez, de me venir rencontrer, cela depend absolument de Vous, nonobstant ce que Je Vous escris cy dessus, en raillant. Dabord que le Chancellier sera arrivé, Je vous fairai sçavoir precisement le jour de mon depart et la route que Je tiendray.