VERSÃO FRANCEZA
I
Nuit sombre, mais si belle encor!
Belle nuit, à travers ton ombre,
Oh! qui de tes étoiles d’or
Pourra jamais compter le nombre?
Compte-t’on les feuilles du bois?
Ou de la mer les grains des sables?
De l’Eternel telle est la voix
Écrite en lettres innombrables.
Hélas! dans ce livre divin
Nul ne peut espérer de lire!
Un auge l’essaierait en vain;
Son savoir n’y pourrait suffire.
Dom Ramire, dans son palais
Vivait heureux avec la reine,
Un juif maudit troubla leur paix
Et brisa leur tant douce chaîne.
Il prédit au roi, trop flatté
Du beau destin qu’on lui dévoile,
Que Zahara, fleur de beauté
Serait à lui!... c’est son étoile!
Le roi, que l’amour tient au cœur,
Va, plein du feu qui le dévore,
D’Alboazar ravir la sœur
Et fuit avec la belle Maure.
À Milhor, lieu rempli d’attraits,
Dont la mer baigne les rivages,
Tous deux sans soucis, sans regrets
Passaient leurs jours exempts d’orages.
La reine de ce coup affreux
Gémit et pleure et pleure encore:
Trahir ainsi ses chastes feux!
La délaisser pour une Maure!
Triste et rêveuse, à son balcon,
Seule, durant la nuit obscure,
Victime d’un lâche abandon
Elle soccombe à sa blessure:
—‘Roi Ramire! perfide roi,
Pourquoi me causer cette peine?
Mon cœur a-t’il trahi sa foi?
Je t’aimais tant!... pourquoi ta haine?
‘On dit qu’elle a quelques attraits
Cette Maure, cette infidèle;
Tu m’as pourtant, quand tu m’aimais,
Dit cent fois que j’étais plus belle.
‘On dit qu’elle a mille agréments,
Qu’elle est jeune, à la fleur de l’âge.
Moi, j’ai compté vingt trois printemps
Après mon triste mariage.
‘Ses yeux sont noirs! ce sont des yeux
Si beaux, si fiers, si pleins de charmes!
Hélas! les miens ne sont que bleus...
Et puis toujours remplis de larmes!
‘On nomme Zahara la Fleur...
Gaia c’est le nom qu’on me donne!
Gaia j’étais dans mon bonheur;
Plus ne le suis—l’on m’abandonne!
‘Oh! que ne suis-je un homme, hélas!
Dans le transport qui me dévore,
J’irais moi-même de ce pas
Trouver Alboazar le more.’
Elle achevait ces mots: soudain
Tournant ses regards vers la terre
Elle aperçoit dans le lointain
Des chevaux, des hommes de guerre.
—‘Peronelle, vois-tu là-bas
Ces armes qui brillent dans l’ombre?
Regarde... ce sont des soldats;
D’où viennent-ils? quel est leur nombre?
La suivante, d’un air surpris
Paraît écouter ce langage;
Des joyaux, des bijoux de prix
De son silence étaient le gage.
Où sont ses autres serviteurs?
En vain la reine les appelle
Sept cavaliers, malgré ses pleurs,
Bientôt se sont emparés d’elle.
De leurs turbans les plis soyeux
Bandent ses yeux, ferment sa bouche;
Et trois dans leurs bras vigoureux
La soulèvent d’un air farouche.
Ils sont entrés sept au palais;
Sept autres en sentinelle.
Pas un mot... tous semblent muets...
Et vite en selle!... ils sont en selle!
Un seul paraît les commander:
Sur son coursier il tient la reine...
—‘Allons!’ dit-il ‘il faut marcher!’
Tous au galop fendent la plaine.
Point de répit, point de repos,
Chacun stimule sa monture.
Ils courent par monts et par vaux,
Ils courent tant que la nuit dure.
Dans les torrents, poitrail dans l’eau
—‘A gué,’ marchons! que l’on avance!
Ailleurs, sur les flancs d’un côteau:
—Houp! en avant! que l’on s’élance!
Le jour se lève radieux,
Ils sont près de la mer profonde,
Quel est ce fleuve sinueux?
Qui vient s’engouffrer dans son onde?
La reine ouvre ses yeux enfin,
Sa bouche est libre, elle respire:
Las! elle songe à son destin
Et tout bas tristement soupire.
—‘Douro, fleuve aux perfides eaux,
Qui de dangers sèmes ta course,
Ne veux-tu donc pas de tes flots,
Me révéler quelle est la source?
‘Je te dirai par quel moyen
Cette perle est en ma puissance:
À qui m’a dérobé mon bien
J’ai dérobé son espérance.
‘C’est le sort qui le veut ainsi;
Tout suit cette pente sécrète.
Par les eaux du torrent grossi,
Le fleuve dans la mer se jette.
Ainsi chantait le ravisseur,
Et Gaia l’écoutait sans haîne.
Bientôt de ton heureux vainqueur,
Gaia, tu porteras la chaîne.
—‘Mais que font ces barques sur l’eau?’
—‘Elles viennent chercher la reine.’
—‘Quel est ce superbe château?’
—‘D’Alboazar c’est le domaine.’
II
Roi Ramire, roi malheureux,
À ta naissance un noir génie
T’a jetté quelque sort fâcheux
Qui devait tourmenter ta vie.
Peu satisfait de ce qu’il a,
À d’autres biens ton cœur aspire.
Ta fleur de beauté, Zahara,
Sur toi n’exerce plus d’empire,
La reine qu’on t’a vu chérir
Et qui par toi fut délassée...
Tu veux au more la ravir;
C’est là maintenant ta pensée.
Quelle est cette barque qui fuit,
Et du Douro va fendant l’onde?
Le bruit des rames, de la nuit
Trouble à peine la paix profonde.
Elle glisse sur les roseaux,
Elle est déjà prés du rivage;
Les saules penchés sur les eaux
La cachent sous leur vert feuillage.
Un homme s’élance soudain;
D’un bond il a touché la terre.
Il tient un bourdon d’une main,
Et de l’autre porte un rosaire.
Bientôt le soleil du matin
Répand sa clarté sur la rive.
Près du castel un pélerin
Fait entendre sa voix plaintive.
—‘Saint de Galice, qu’à genoux
Le pauvre pélerin implore,
Pour arriver au rendez-vous.
Que ton autel est loin encore!
Au pied de la tour du palais
Coule une source claire et vive:
Une jeune fille est auprès,
Elle est là, debout et pensive.
Elle écoutait d’un air rêveur
L’eau tombant de sa coupe pleine;
—‘Oh! votre voix, bon voyageur,
M’a causé la plus douce peine.
‘Sur cette terre de maudits,
C’est pour moi bien grande merveille
D’entendre ces chants du pays,
Qui jadis frappaient mon oreille.
‘Sept prêtres, autour de l’autel,
Chantaient alors cette prière,
Sept autres au chant solemnel
Répondaient d’une voix austère.
‘Le chœur entier psalmodiait,
Tous priaient d’une âme fervente;
Et la cloche retentissait
Portant au ciel sa voix bruyante.
‘Ce son qui vibrait dans les airs,
Que ne puis-je l’entendre encore?
Que ne puis-je au fond des enfers
Étouffer tous les chants du more!
—‘Que le bon Dieu veille sur vous!
Qu’il vous bénisse, jouvencelle!
Une telle langage semble doux
Où règne en maître l’infidèle,
‘Je veux prier pour vous, hélas!
Je souffre et me soutiens à peine,
Il faut que s’arrêtent mes pas
Près de cette claire fontaine.
‘Ah! qu’on est bien! quelle fraîcheur!
Comme cette eau me semble belle!
Laissez asseoir le voyageur;
Dieu vous le rendra, jouvencelle.’
—‘Asseyez-vous, bon pélerin,
—‘Asseyez-vous sur cette pierre;
L’eau qui coule dans ce bassin
Est douce et fraîche, et désaltère.
‘La reine en boit à son réveil;
J’en viens chercher avant l’aurore;
Je viens, avant que le soleil
Ne l’ait pu réchauffer encore.’
—‘Cette eau si pure doit avoir
Une vertu particulière.
Ah! pour juger de son pouvoir,
Donnez m’en, je vous prie, un verre.’
—‘Buvez, buvez, bon pélerin,
À la fontaine du roi more.
Tenez; ce vase d’argent fin
Vaut de l’or... il vaut mieux encore.’
—‘Mais que dirait votre seigneur?
Que dirait Gaia, votre reine;
S’ils voyaient l’humble voyageur
Boire à la royale fontaine?’
—‘Alboazar, avant le jour,
A quitté ce lieu solitaire.
Il est dans les bois d’alentour,
Aux sangliers faisant la guerre.
‘Ma maîtresse de ce trésor
Ne peut se montrer soucieuse:
Pour qui posséda vases d’or,
Cette coupe est peu précieuse.’
—‘De grace! Encore une faveur!
Dites-lui, bonne jouvencelle,
Qu’un pauvre chrétien voyageur
Désire être conduit près d’elle.
‘Dites-lui bien qu’un malheureux,
Mort de chagrin et de misère,
L’a de cet anneau précieux
Fait pour elle, dépositaire.’
Il tire de son doigt l’anneau,
Dans le fond du vase il le jette:
—‘Quand elle boira de cette eau
Sa surprise sera complète!
Mais la jeune fille a bientôt,
En courant, quitté la fontaine.
—‘Pourquoi ne pas venir plus tôt?’
Dit, d’un ton sévère, la reine,
‘Joyeusement tu folâtrais,
Quand de soif mourrait ta maîtresse?
—‘Oh! non, tristement je songeais,
Car je songeais à ma jeunesse.
‘Que mon destin me semble amer!
Ici, pour moi quelle existence!
Ó Milhor que baigne la mer,
Milhor, pays de mon enfance!
‘Là, chaque jour est un plaisir,
Gaîment se passe le bel âge;
C’est là qu’à Dieu l’on peut offrir
D’un saint amour le pur hommage!
—‘Tais-toi, Peronelle, tais-toi,
Ne réveille pas ma souffrance:
Tu sais bien que ce n’est pas moi
Qui désirais cette existence.
‘Mais à mon ravisseur enfin
J’ai pardonné, rendu les armes.
Esclave, je vis sans chagrin;
Reine, je vivais dans les larmes.
‘Ce vain titre était peu pour moi,
Trop peu pour tromper ma disgrâce.
Voir, auprès d’un époux sans foi,
Une more occuper ma place!’
À ce souvenir, de rougeur
Soudain son beau front se colore
Puisse cette eau, par sa fraîcheur,
Calmer la soif que la dévore!
Elle prend le vase d’argent,
Le porte à ses lèvres brûlantes,
Et voit luire au même moment
De l’anneau les pierres brillantes.
—‘C’est un sort, Jésus, mon sauveur!
Que l’on veut jetter sur mon âme:
Cette eau glace par sa fraîcheur,
Et dans le fond c’est de la flamme.’
—‘Voilà ce charme merveilleux
Qui me tenait loin de la reine.
C’est au pélerin malheureux
Que j’ai vu près de la fontaine;
‘C’est lui que dans le fond de l’eau
A voulu déposer ce gage:
De ses souhaits ce riche anneau
Devait servir de témoignage.’
—‘Oh qu’il vienne ce voyageur,
Qu’il vienne ici! que je l’entende!
Car je veux voir l’ambassadeur
Qui m’apporte une telle offrande.’
III
—‘Ne baisez point ainsi ma main;
De grâce, je vous en conjure:
Cessez, cessez, bon pélerin,
Et quittez cette humble posture.’
Mais le pélerin à ses vœux
Résiste... il devient téméraire,
Et ses baisers vont, deux à deux,
Tomber sur cette main qu’il serre.
La reine a pâlit cette fois,
Dans son cœur le courroux fermente.
Soudain, elle sent sur ces doigts
Couler une larme brûlante...
—‘Qui peut causer, bon pélerin,
La douleur que je vois paraître?
Là, contez-moi votre chagrin;
Je puis vous soulager peut-être.’
—‘Oh! non, ce n’est pas mon chagrin;
La mort fait cesser la souffrance:
Mais en vous j’espérais enfin
Retrouver ma douce existence.
‘Oh! non; ce n’est pas mon destin,
C’est la vôtre que je déplore:
La compagne d’un roi chrétien
Devenir celle d’un roi more!’
—‘Ah! ne me parlez pas ainsi!
La pitié peut être indiscrète.
Du présent je n’ai nul souci,
Et du passé rien ne regrette.
‘Dieu m’accordera son pardon;
Ce n’est pas moi qui fus coupable.
De cette lâche trahison
Ramire doit être comptable.
—‘Le ciel, jusqu’ici trop clément,
Doit en effet punir ce traître.
Ordonnez donc son châtiment,
Ramire à vos yeux va paraître.’
Ramire se lève soudain,
Et laissant là toute imposture,
De sa barbe de pélerin
Il a dépouillé sa figure.
Le bourdon qu’il tient dans sa main
Près de là va rouler à terre;
Et d’un geste plein de dédain,
Il jette à ses pieds son rosaire.
Qui pourrait dire de quels yeux
Le regardait la noble dame,
Quels sentiments impétueux
Troublaient en ce moment son âme?
Elle tremble, mais non de peur;
Sans gaîté, sa bouche est riante:
Elle est honteuse, sans pudeur;
Elle pâlit... elle est brûlante.
On voit ces sentiments divers
Se succéder sur son visage,
Comme les flots, au sein des mers,
Se heurter dans un jour d’orage.
À l’homme la vengeance plait;
Pour la femme c’est un délice;
L’un pardonne, il est satisfait;
L’autre veut qu’elle s’accomplisse.
Sous le poids de ce souvenir,
Dont la reine a l’âme oppressée,
Ce fut là son premier désir,
Ce fut sa dernière pensée.
Et puis, pour elle quel honneur!
Combien elle doit être vaine,
De pouvoir triompher d’un cœur
Qui revient reprendre sa chaîne!
Mais dans les forêts d’alentour
Chasse en ce moment le roi more,
Elle est seule dans cette tour...
Il faut se taire et feindre encore.
Elle sourit, mais tristement,
De ce sourire qui fend l’âme,
Et voile son regard charmant
Pour mieux en tempérer la flamme.
De sa voix le son enchanteur
Séduit par son pouvoir funeste;
Et si l’enfer est dans son cœur,
Sa parole est toute céleste.
Elle paraît près de fléchir,
Ses pleurs ont calmé sa colère;
Son âme feint de s’attendrir
Et sa douleur est moins amère.
Elle répète, en sanglottant:
—‘Pour pardonner, je suis trop fière.’
Mais ses yeux, dans le même instant,
Semble dire tout le contraire.
Dom Ramiro est à ses genoux;
D’une voix émue, il l’implore;
Il veut désarmer son courroux;
Il supplie... elle hésite encore.
Soudain, on entend retentir
Le bruit du cor, là dans la plaine;
La reine se sent tressaillir
Bien plus de plaisir que de peine.
—‘C’est Alboazar, c’est le roi!’
Dit-elle: ‘cachez-vous, Ramire:
S’il vous voit, c’en est fait de moi;
Fuyez, ou, sous vos yeux, j’expire.’
A peine elle a, d’un air troublé,
Fermé la porte, et par prudence,
Dans son sein déposé la clé,
Que vers elle le roi s’avance.
—‘Tristes nouvelles, je le vois,
Nouvelles de mauvais augure!
C’est du moins, la première fois
Que m’arrive cette aventure.
‘Avant d’entrer dans cette cour,
J’ai sonné du cor dans la plaine,
Et sur les créneaux de la tour
Je n’ai pas vu venir la reine.
‘C’est mal à vous, ma chère enfant,
D’avoir manqué d’exactitude.
Me faudra-t-il donc maintenant
Renoncer à cette habitude?’
Une horrible perplexité
A troublé l’esprit de la reine;
Son triste cœur flotte agité
Entre l’indulgence et la haine.
Le souvenir de ses beaux jours,
De l’ambition l’influence,
Ici, de nouvelles amours,
Là, le désir de la vengeance...
Bientôt la vengeance et l’amour
L’auront emporté dans son âme.
Ne devaient-ils pas, sans retour,
Triompher dans un cœur de femme?
—‘J’ai des nouvelles, en effet,
Et d’étranges à vous apprendre.
Entrez là, dans ce cabinet;
Vous verrez de quoi vous surprendre.’
Alboazar ouvre en tremblant,
Et recule, en voyant Ramire.
Ce qui se dit dans cet instant,
Point ne saurais vous le redire.
Ce fut comme un vent orageux,
Comme une tempête sur l’onde,
Comme si la terre et les cieux
Luttaient pour abîmer le monde.
À la raison enfin rendu,
Le roi prononce la sentence:
—‘Chrétien, ton honneur est perdu;
Je veux te laisser l’existence.
‘J’ai pû me payer largement
Du mal dont tu m’as fait victime;
Ta honte suffit maintenant
Pour expier ton nouveau crime.’
Dom Ramire sentait son cœur
Gonflé de dépit et de rage;
D’un air contrit, plein de candeur,
Il fait entendre ce langage!
—‘Bien grand, hélas! fut mon forfait!
Envers toi je fus trop coupable;
Je ne veux pas d’un tel bienfait;
La mort me semble préférable.
‘C’est pour me mettre à ta merci,
Pour me livrer à ta vengeance
Que je suis venu seul ici;
Non pour implorer ta clémence.
‘C’est pour racheter mon erreur,
Sauver mon âme de l’abîme:
C’est l’ordre d’un saint confesseur
À qui j’ai confessé mon crime.
‘Il faut, m’a-t-il dit justement,
Et c’est mon vœu, je te le jure,
Que public soit le châtiment,
Puisque publique fut l’injure.
‘Ordonne ici de tes soldats
Que la troupe se réunisse,
Et que sous leurs yeux, mon trépas
Satisfasse enfin ta justice.
‘Vite! qu’ils entendent au loin
Le son du cor qui les appelle;
Que chacun, de ma mort témoin,
En garde un souvenir fidèle.
‘Qu’on dise, en me voyant mourir:
—«Quelque bruit qu’ait fait son offense,
Un bruit plus fort va retentir,
Et c’est celui de la vengeance!»
Le roi touché de son remords,
Lui veut conserver l’existence;
Mais la reine a juré sa mort;
Elle s’oppose à la clémence.
On voit les soldats accourir;
Le château prend un air de fête;
Ramire debout, sans pâlir,
Regarde la morte qui s’apprète.
—‘Sonnez, trompettes et clairons,
Et qu’au loin ce bruit retentisse!’
Et l’écho, répétant ces sons,
Annonçait l’heure du supplice:
On entendit près de la mer
Ce bruit, d’un sinistre présage;
Et soudain s’éléva dans l’air
Un long cri, parti du rivage.
IV
—‘De par tous les saints, en avant!
En avant, allons, du courage!
Et bientôt la porte, en tombant,
Aux assaillants ouvre passage.
Sur les créneaux point de soldats,
Près des murs point de sentinelles;
Rien ne peut arrêter leurs pas,
Ils sont maîtres des infidèles.
Sur eux ils s’élancent soudain,
Comme des lions, pleins de rage.
Ramire prend un glaive en main,
Et par ses cris, les encourage.
D’un seul coup, d’un coup sûr et prompt,
Que rend terrible sa colère,
Du More il coupe en deux le front,
Et le jette sur la poussière.
Déjà tous sont morts ou captifs;
Du feu terrible est le ravage;
Et les vainqueurs sur les esquifs
Ont abandonné le rivage.
—‘Alerte! il faut quitter ces bords!
Allons, rameurs, plus de courage!
Alerte! et redoublez d’efforts;
J’entends des chevaux sur la plage.
‘Ce drapeau, qui flotte là-bas,
De Léon c’est bien la bannière;
Allons rameurs, force de bras;
Voguons, voguons vers notre terre!
‘Ce pays au More est soumis;
Jusqu’à Coimbre il règne en maître.
Loin du Douro voguons, amis;
Je dois craindre ici quelque traître.
On voit Ramire s’avancer
Vers la poupe où se tient la reine,
À sa droite il la fait placer,
Comme marque d’honneur certaine
Sans même détourner les yeux
D’un air pensif elle se lève,
Son front est resté soucieux,
Elle semble sortir d’un rêve.
Ramire parut n’en rien voir:
C’était peut-être par prudence.
À ses côtés il va s’asseoir,
Et tous deux gardent le silence.
Du malheureux Alboazar
Le château brûle et fume encore.
Gaia jette un dernier regard
Et voit le feu qui le dévore.
À ce spectacle douloureux
Son cœur est brisé de souffrance.
Des larmes coulent de ses yeux;
Elle pleure, mais en silence,
Ramire, d’un air attendri,
La contemple et ne peut se taire;
Il croyait, le pauvre mari,
Que son remords était sincère.
Que c’était le seul souvenir
De sa honteuse perfidie;
Qu’elle pleurait de repentir
D’avoir au roi livré sa vie.
D’une voix pleine de douceur,
Où se peint sa vive tendresse,
Il dit:—‘Gaia, pourquoi ton cœur
Garde-t-il encor sa tristesse?
‘Calme, ma Gaia, ta douleur;
Notre vengeance est satisfaite.’
Mais elle, redoublant ses pleurs:
—‘Oh! oui la vengeance est parfaite.
‘De ce grand coup applaudis-toi;
Il mérite bien qu’on l’admire.
Il est vraiment digne d’un roi,
D’un cavalier tel que Ramire.
‘Tu viens de frapper un rival,
Qui t’avait offert l’existence:
N’est-ce pas un trait bien loyal,
Une noble et belle vengeance?
‘Ta main a frappé, sans regret,
Le More le mieux fait pour plaire,
Des cavaliers le plus parfait
Que jamais ait porté la terre.
‘Tu demandes, perfide roi,
D’où me vient ma vive souffrance?
Oh! que n’est-il auprès de moi
Pour me soustraire à ta puissance!
‘Tu veux savoir où mes regards
Cherchent à s’arrêter encore?
Contemple d’ici ces remparts,
Vois la flamme qui les dévore.
‘Là tout entière à mon bonheur,
De l’amour j’ai connu l’empire;
C’est là que j’ai laissé mon cœur...
Comprends-tu bien ce que je mire?
—‘Contente donc alors tes yeux;
Mire, Gaia, mire, infidèle.
Et soudain d’un bras furieux,
Il lève son glaive sur elle.
Cédant à d’horribles transports,
D’un seul coup, il tranche sa tête,
Et du pied repousse le corps...
Dans la mer le Douro le jette.
De cet évènement cruel
Le souvenir se garde encore:
Gaia, c’est le nom du castel
Qui fut l’asile du roi more.
À ce cri que jette bien haut
Le batelier sur cette plage,
Mira Gaia! tout aussitôt
Se dresse une sanglante image.
Le peuple, dit-on, conserva
De ce fait la trace fidèle;
Et la place où Gaia mira
Mira-Gaia depuis s’appelle.
Lisbonne, 10 janvier 1847.
VIII
POR BEM
AS PÊGAS DE CINTRA
Dou aqui logar a ésta composição que, moderna, como é, e minha, toda é feita de coisas populares e antigas. A anecdota devêra ter sido celebrada pelos menestreis do tempo: não o foi, e eu procurei supprir o seu descuido. Não apparece pois em meu nome, senão no d’elles, embora de longe os rastreie.
Quando a primeira vez sahiu de minha carteira a presente ballada foi para se imprimir na ILLUSTRAÇÃO[31], jornal que se publicava em Lisboa em 1845-46. Reimprimirei com ella aqui tambem a carta que então escrevi ao redactor d’aquelle jornal, porque devéras contêm a historia de sua composição.
Eis aqui a carta:
’—Queria escrever-lhe um artigo, meu caro redactor, para a sua ILLUSTRAÇÃO, que realmente faz milagres no meio d’esta escacez de tudo, e d’estes impedimentos para tudo que characterizam a nossa boa terra. É promessa velha e que eu devia ter cumprido ha muito. Mas como, mas quando? E que hade um homem escrever que se leia—que se leia por damas bellas e elegantes cavalheiros—quando lhe anda intallado nos bicos da penna o fatal fio da politica, que a faz espirrar e esgravatear em tudo o mais?
‘Com as leis das eleições, e as questões da fazenda, e as organisações ministeriaes, e não sei que mais coisas taes, foi-se-me detodo a derradeira reminiscencia litteraria que ainda por cá havia. Tenho saudade d’ella, mas foi-se, ‘morreu pela patria!’
‘Não sei se morreu bem ou mal, se fez bem ou mal em morrer; mas é certo que morreu.
‘Eu porêm nunca prometti, que faltasse, a homem nenhum—nem a mulher, que mais é! O ponto está que me acceitem em pagamento aquillo que eu posso dar. Que, ás vezes, o máu pagador não é máu senão pelas absurdas e excessivas exigencias do crédor. Axioma de eterna verdade, especialmente quando applicado a tudo o que passa entre os representantes de nosso pae Adão e as representantas de nossa mãe Eva...
‘Passemos adeante. Quer, senhor redactor, acceitar-me, em pagamento da lettra de minha promessa, este papel que achei embrulhado entre mil rabiscos de projectos de lei, tenções de autos, notas ao orçamento e outras coisas galantes do mesmo genero?
‘Se quer aqui o tem, e disponha d’elle.
‘Deixe-me só dizer-lhe o que é, e como foi feito.
‘Estava eu em Cintra, foi em... Que importa lá quando foi? Basta saber que não era n’essa estação fashionavel em que a elegancia de Lisboa se vai infastiar classicamente para o mais romantico sítio da terra. Era na primavera; passeavamos dois sós, ou quasi sós, n’aquelle Eden delicioso. Fomos ver o palacio; chegámos á sala das pêgas. Pêgas são chocalheiras e linguarudas: eu detesto o bicho... e n’este tempo, estava-lhe com zanga de morte...
‘Abominavel bicho! Isto ja lá vai ha muito tempo, meu caro redactor, e ainda me faz ferver o sangue...
‘Passemos adeante!
‘Perguntaram-me a explicação d’aquellas pêgas da sala. Contei a historia popular que é tam sabida. Acharam-lhe graça, pediram-me que a posesse em verso: fiz isto.
‘E isto que é? Não sei. É romance ou é apologo? É fabula ou é cantiga? Nunca fui grande classificador d’essas coisas; que fará agora!
‘O que lhe sei dizer é que no seculo XVI a XVII, segundo consta do ‘Fidalgo aprendiz’ do nosso Francisco Manuel de Mello, se cantava em Portugal uma cantiga que começava assim como ésta:
«Gavião, gavião branco,
Vai ferido e vai voando.»
‘Nunca pude encontrar o resto, nem procurei muito por elle; mas ingracei com este princípio, e servi-me d’elle aqui. Acha mal feito? Eu não.
‘Se soubesse, meu caro senhor, todas as circumstancias d’esta composição! Se soubesse de certa pêga ou pêgas que me perseguiram com seu malditto palrear, e me queriam, ainda em cima, assacar, a mim gavião, ellas pêgas, as manhas que só ellas têem!
‘Mas ficou lograda a pêga e...
‘Adeus, meu amigo, outra vez, adeante! O gavião, e sobretudo o gavião branco—note—é animal nobre, de especie, genero e até de familia differente da pêga.
‘Passe muito bem. Aqui estão os versos; eu vou salvar a patria.’
‘Julho, 22—1846.’
POR BEM
AS PÊGAS DE CINTRA
Gavião, gavião branco
Vai ferido e vai voando;
Mas não diz quem n’o feriu,
Gavião, gavião branco!
O gavião é callado,
Vai ferido e vai voando;
Assim fôra a negra pêga
Que hade sempre andar palrando.
A pêga é negra e palreira,
O que sabe vai contando...
Muito palra, palra a pêga
Que sempre hade estar palrando.
Mas quer Deus que os chocalheiros
Guardem ás vezes, fallando,
O segredo dos sisudos
Que elles não guardam callando.
Era uma pêga no paço
Que el-rei tomára caçando;
Trazem-n’a as damas mimosa
Com a estar sempre afagando.
Nos paços era de Cintra
Onde estava el-rei poisando:
A rainha e as suas damas
No jardim andam folgando,
Entre assucenas e rosas,
Entre os goivos trebelhando;
Umas regavam as flores,
Outras as vão apanhando;
E a minha pêga com ellas
Sempre, sempre palreando.
Vinha el-rei atraz de todos
Com Dona Mécia fallando.
Era a mais formosa dama
Que andava n’aquelle bando:
No hombro de Dona Mécia,
A pêga vinha poisando,
E zelosa parecia
Que os andava espreitando...
Colhêra el-rei uma rosa,
A Dona Mécia a ia dando,
Com um requêbro nos olhos
Tam namorado e tam brando...
Inda bem, minha rainha,
Que adiante te vais andando!
Pegou na rosa a donzella,
Disfarçada a está cheirando...
Senão quando a negra pêga
Que lh’a tira e vai voando.
Deu um grito Dona Mécia...
E a rainha, voltando,
Deu com os olhos em ambos...
Ambos se estão delatando.
—‘Foi por bem!’ lhe disse o rei,
Seu accôrdo recobrando:
—‘Foi por bem!’—‘Por bem’ repete
A pêga emtôrno voando.
—‘Por bem, por bem!’ grasna a tonta,
De má malicia cuidando
Co’a chocalheira da lingua
Andar o caso inredando.
Mas quer Deus que os chocalheiros
Guardem ás vezes fallando
O segredo dos sisudos
Que elles não guardam callando
Riu-se a rainha da pêga,
E ficou acreditando
Que a innocencia do caso
N’ella se estava provando.
Da pêga mexeriqueira,
Do bem que fez, mal pensando,
Nos reaes paços de Cintra
A memoria está durando.
E eis-aqui, senhora, a historia
Da pêga que ahi ves palrando,
Da rosa que tem no bico,
Da lettra que a está cercando.
A pêga é negra e palreira,
O que sabe vai contando:
Mas quer Deus que os chocalheiros
Guardem segredo fallando.
O gavião, esse é outro;
Vai ferido e vai voando:
Mas não diz quem n’o feriu...
Gavião, gavião branco!