Monsieur,
Mr. de Villers qui a bien voulu se charger de s’informer auprès de vous, des dispositions premières de Monsieur de Lüttichau, m’écrit, en ce moment, que „le projet obtiendrait l’assentiment de Mr. le Comte, si la base et les conditions en étaient différentes.“
J’écris aujourd’ hui même à Mr. de Lüttichau; et je le prie de me faire connaître bientôt les diverses modifications, et les conditions auxquelles, il lui conviendrait d’avoir à Dresde, un bon théâtre-français.
Je suis si désireux de quitter le triste séjour de Berlin, ainsi que mon gracieux Directeur; que je ferai tous mes efforts pour concilier mon désir à cet égard, avec les charges très-onereuses, mais inexorables, d’une troupe à l’etranger.
Si, d’aprés la communication de Monsieur de Lüttichau, j’entrevois une possibilité d’éxécution; je partirai, de suite, pour Dresde; afin d’arriver plus promptement, et plus sûrement au but. Vous seul pouvez y conduire. C’est à vous seul que Dresde devra son théâtre-français; s’il y a lieu ainsi donc, et pour Dieu! prenez-moi par la main, et ne me quittez pas.
Je voudrais finir cette lettre sans vous parler de ma vive gratitude pour toutes vos bontés; mais elle est trop sincère, et trop sentie, pour la passer sous silence.
Bien que Mr. de Villers ne me donne aucun détail spécial dans sa lettre; je crois cependant y démêler, que les bonnes dispositions de Mr. de Lüttichau auraient pour base: trois mois seulement de service français. Hélas! Ce serait alors une chose impossible; car, que m’offrirait-il d’indemnité pour trois mois, et comment employer les neuf autres? C’était déjà trop des quatre mois que je m’étais réservés. Privilèges, permissions, recettes, tout est éventuel dans les villes voisines. La moitié de la recette est souvent peu de chose; et les permissions de jouer peuvent même manquer complétement. Je veux bien courir la chance de ne pas gagner; mais non celle de tout perdre. A ce propos, je joins ici une note detaillée du personnel et des frais indispensables d’une troupe à l’Etranger. Elle vous fixera su la dépense approximative, et vous donnera la mesure du possible et de l’impossible. Ce dernier mot me chagrinerait beaucoup, mais enfin, Dieu et Tieck aidants, j’éspère encore et j’attends!
Veuillez agréer, et ma haute considération, et es sentiments empressés et affectueux.
Ad. St. Aubin,
Behren Strasse Berlin.