Les mesures de répression décrétées par le Gouvernement Impérial contre la population arménienne des provinces de l’Anatolie Orientale ayant été dictées par des raisons militaires et constituant un moyen de défense légitime, le Gouvernement Allemand est loin de s’opposer à leur mise en exécution, tant que ces mesures ont le but de fortifier la situation intérieure de la Turquie et de la mettre à l’abri de tentatives d’insurrections.
A ce sujet, les vues du Gouvernement Allemand s’accordent tout à fait avec les explications données par la Sublime Porte en réponse aux menaces que les puissances de l’entente lui avaient adressées dernièrement à la suite des prétendues atrocités commises sur les Arméniens en Turquie.
De l’autre côté, le Gouvernement Allemand ne peut pas dissimuler les dangers créés par ces mesures de rigueur et notamment par les expatriations en masse qui comprennent indistinctement les coupables et les innocents, surtout quand ces mesures sont accompagnées d’actes de violence, tels que massacres et pillages.
Malheureusement, d’après les informations parvenues à l’Ambassade, les autorités locales n’ont pas été en état d’empêcher des incidents de ce genre, qui sont regrettables sous tous les rapports.
Les puissances ennemies en profiteront pour fomenter l’agitation parmi les Arméniens et les nouvelles qu’on en répandra à l’étranger, ne manqueront pas de causer une vive émotion dans les pays neutres, surtout dans les Etats-Unis d’Amérique, dont les représentants ont depuis quelque temps commencé a s’intéresser au sort des Arméniens en Turquie.
Le Gouvernement Allemand croit de son devoir, comme puissance amie et alliée de la Turquie, d’attirer l’attention de la Sublime Porte sur les conséquences qui en pourraient résulter au détriment de leurs intérêts communs tant pendant la guerre actuelle qu’à l’avenir; il est à prévoir que lors de la conclusion de la paix la question arménienne servira de nouveau de prétexte aux puissances étrangères pour s’ingérer dans les affaires internes de la Turquie.
L’Ambassade pense qu’il serait d’urgence de donner des ordres péremptoires aux autorités provinciales afin qu’elles prennent des mesures efficaces pour sauvegarder la vie et la propriété des Arméniens expatriés, aussi bien pendant leur transport que dans leurs nouveaux domiciles.
Elle pense également qu’il serait prudent de surseoir, pour le moment, à l’éxecution des arrêts de mort déjà rendus ou à rendre contre des Arméniens par les cours martiales de la capitale ou dans les provinces, surtout à Diarbékir et à Adana.
Enfin l’Ambassade d’Allemagne prie le Gouvernement Ottoman, de prendre en considération les nombreux intérêts du commerce allemand et des établissements de bienfaisance allemands dans les provinces où on procède actuellement à l’expulsion des Arméniens. Le départ précipité de ces derniers portant un grave préjudice à ces intérêts, l’Ambassade verrait avec reconnaissance, si la Sublime Porte voulait bien, dans certains cas, prolonger les délais de départ accordés aux expulsés et permettre à ceux qui font partie du personnel des établissements de bienfaisance en question, ainsi qu’aux élèves, orphelins et autres personnes qui y sont entretenus, de continuer à habiter dans leurs anciens domiciles sauf, bien entendu, le cas où ils auraient été reconnus coupables d’actes qui nécessiteraient leur éloignement.