How warmly his memory is now cherished may be appreciated by the perusal of the following letter, with its delightful reminiscences, for which we are indebted to the venerable and distinguished zoölogist and comparative anatomist who formerly occupied the chair made illustrious by Lamarck, and by his successor, De Blainville, and who founded the Laboratoire Arago on the Mediterranean, also that of Experimental Zoölogy at Roscoff, and who still conducts the Journal de Zoologie Expérimentale.
Paris le 28 Décembre, 1899.
M. le Professeur Packard.
Cher Monsieur: Vous m’avez fait l’honneur de me demander des renseignements sur la famille de De Lamarck, et sur ses relations, afin de vous en servir dans la biographie que vous préparez de notre grand naturaliste.
Je n’ai rien appris de plus que ce que vous voulez bien me rappeler comme l’ayant trouvé dans mon adresse de 1889. Je ne connais plus ni les noms ni les adresses des parents de De Lamarck, et c’est avec regret qu’il ne m’est pas possible de répondre à vos désirs.
Lorsque je commençai mes études à Paris, on ne s’occupait guère des idées générales de De Lamarck que pour s’en moquer. Excepté Geoffroy St. Hilaire et De Blainville, dont j’ai pu suivre les belles leçons et qui le citaient souvent, on parlait peu de la philosophie zoologique.
Il m’a été possible de causer avec des anciens collègues du grand naturaliste; au Jardin des Plantes de très grands savants, dont je ne veux pas écrire le nom, le traitaient de fou!
Il avait loué un appartement sur le haut d’une maison, et là cherchait d’après la direction des nuages à prévoir l’état du temps.
On riait de ces études. N’est-ce pas comme un observatoire de météorologie que ce savant zoologiste avait pour ainsi dire fondé avant que la science ne se fut emparée de l’idée?
Lorsque j’eus l’honneur d’être nommé professeur au Jardin des Plantes en 1865, je fis l’historique de la chaire que j’occupais, et qui avait été illustrée par De Lamarck et De Blainville. Je crois que je suis le premier à avoir fait l’histoire de notre grand naturaliste dans un cours public. Je dus travailler pas mal pour arriver à bien saisir l’idée fondamentale de la philosophie. Les définitions de la nature et des forces qui président aux changements qui modifient les êtres d’après les conditions auxquelles ils sont soumis ne sont pas toujours faciles à rendre claires pour un public souvent difficile.
Ce qui frappe surtout dans ses raisonnements, c’est que De Lamarck est parfaitement logique. Il comprend très bien ce que plus d’un transformiste de nos jours ne cherche pas à éclairer, que le premier pas, le pas difficile à faire pour arriver à expliquer la création par des modifications successives, c’est le passage de la matière inorganique à la matière organisée, et il imagine la chaleur et l’électricité comme étant les deux facteurs qui par attraction ou répulsion finissent par former ces petits amas organisés qui seront le point de départ de toutes les transformations de tous les organismes.
Voilà le point de départ—la génération spontanée se trouve ainsi expliquée!
De Lamarck était un grand et profond observateur. On me disait au Museum (des contemporains) qu’il avait l’Instinct de l’Espèce. Il y aurait beaucoup à dire sur cette expression—l’instinct de l’espèce—il m’est difficile dans une simple lettre de développer des idées philosophiques que j’ai sur cette question,—laquelle suppose la notion de l’individu parfaitement définie et acquis.
Je ne vous citerai qu’un exemple. Je ne l’ai vu signalé nulle part dans les ouvrages anciens sur De Lamarck.
Qu’étaient nos connaissances à l’époque de De Lamarck sur les Polypiers? Les Hydraires étaient loin d’avoir fourni les remarquables observations qui parurent dans le milieu à peu près du siècle qui vient de finir, et cependant De Lamarck déplace hardiment la Lucernaire—l’éloigne des Coralliaires, et la rapproche des êtres qui forment le grand groupe des Hydraires. Ce trait me paraît remarquable et le rapporte à cette réputation qu’il avait au Museum de jouir de l’instinct de l’espèce.
De toute part on acclame le grand naturaliste, et’il n’y a pas même une rue portant son nom aux environs du Jardin des Plantes? J’ai eu beau réclamer le conseil municipal de Paris à d’autres favoris que De Lamarck.
Lorsque le Jardin des Plantes fut réorganisé par la Convention, De Lamarck avait 50 ans. Il ne s’était jusqu’alors occupé que de botanique. Il fut à cet age chargé de l’histoire de la partie du règne animal renfermant les animaux invertèbres sauf les Insectes et les Crustacés. La chaire est restée la même; elle comprend les vers, les helminthes, les mollusques, et ce qu’on appelait autrefois les Zoophytes ou Rayonnées, enfin les Infusoires. Quelle puissance de travail! Ne fallait-il pas pour passer de la Botanique, à 50 ans, à la Zoologie, et laisser un ouvrage semblable à celui qui illustre encore le nom du Botaniste devenue Zoologiste par ordre de la Convention!
Sans doute dans cet ouvrage il y a bien des choses qui ne sont plus acceptables—mais pour le juger avec équité, il faut se porter a l’époque où il fut fait, et alors on est pris d’admiration pour l’auteur d’un aussi immense travail.
J’ai une grande admiration pour le génie de De Lamarck, et je ne puis que vous louer de le faire encore mieux connaître de nos contemporains.
Recevez, mon cher collègue, l’expression de mes sentiments d’estime pour vos travaux remarquables et croyez-moi—tout à vous,
H. de Lacaze Duthiers.
FOOTNOTES:
[50] For example, while Cuvier’s chair was in the field of vertebrate zoölogy, owing to the kindness of Lamarck (“par gracieuseté de la part de M. de Lamarck”) he had retained that of Mollusca, and yet it was in the special classification of the molluscs that Lamarck did his best work (Blainville, l. c., p. 116).
[51] De Blainville states that “the Academy did not even allow it to be printed in the form in which it was pronounced” (p. 324); and again he speaks of the lack of judgment in Cuvier’s estimate of Lamarck, “the naturalist who had the greatest force in the general conception of beings and of phenomena, although he might often be far from the path” (p. 323).
[52] Fragments Biographiques, pp. 209–219.
[53] L. c. p. 81.
[54] Histoire Naturelle Drolatique et Philosophique des Professeurs du Jardin des Plantes, etc. Par Isid. S. de Gosse. Avec des Annotations de M. Frédéric Gerard. Paris, 1847.
[55] Die Naturanschauung von Darwin, Goethe und Lamarck, Jena, 1882.
[56] Geschichte der Zoologie bis auf Joh. Müller und Charles Darwin, 1872.