"Telle est aujourd'hui en Irlande la situation des partis, que l'on ne peut obtenir quelque justice des pouvoirs politiques, si on les laisse à l'aristocratie protestante, et que l'on ne saurait guere en espérer davantage, si on les donne aussitôt à la classe moyenne catholique qui s'élève.
"Ce qu'il faudrait à l'Irlande, ce serait une administration supérieure aux partis, à l'ombre de laquelle les classes moyennes pussent grandir, se développer et s'instruire, pendant que l'aristocratie perdrait son pouvoir.
"Il n'entre, du reste, ni dans mon désir, ni dans mon plan, d'expliquer la forme et le mécanisme de la centralisation qui conviendrait à l'Irlande, et dont je me borne à reconnaître en principe l'utilité passagère pour ce pays; je ne hasarderai, sur ce sujet, qu'une seule idée pratique.
"C'est que, pour organiser en Irlande un gouvernement central puissant, il faudrait de plus en plus resserrer le lien d'union qui attache l'Irlande à l'Angleterre, rapprocher le plus possible Dublin de Londres, et faire de l'Irlande un comté anglais.
"On ne conteste point que l'Irlande ait besoin d'un gouvernement spécial; et s'il y a nécessité de la soumettre à un régime législatif autre que celui de l'Angleterre, il faut bien aussi des agents particuliers pour appliquer des règles différentes d'administration. Mais, ceci étant admis, l'on ne voit pas ce qui aujourd'hui empêcherait de placer le siége du gouvernement irlandais dans la première ville de l'empire britannique.
"La réforme de la vice-royauté et l'abolition des administrations locales d'Irlande ne sont, sans doute, que des changements de forme. Mais ce sont des moyens pratiques indispensables pour exécuter les réformes politiques dont ce pays a besoin. Il faut que, pendant la période de transition où se trouve l'Irlande, ceux qui la gouvernent soient placés absolument en dehors d'elle, de ses moeurs, de ses passions; il faut que son gouvernement cesse complétement d'être irlandais; il faut qu'il soit entièrement, non pas anglais, mais remis à des Anglais."—2 De Beaumont, l'Irlande, Sociale, Politique et Religieuse, pp. 124-129