SCÈNE PREMIÈRE
La maison de l'aruspice Faustus, c'est-à-dire une vaste treille à mi-côte du mont Quirinal. A gauche, la façade d'une maison en briques rouges; devant la porte, un autel supportant un dieu pénate en argile; au pied du Quirinal, dans un fond lumineux, le Champ de Mars bordé par le Tibre
FAUSTUS, seul, à l'autel de ses dieux
Dieu pénate d'argile, ô mon dieu domestique!
Un jour, tu seras d'or, sous un riche portique,
Tel que Rome en prepare à nos dieux immortels
Et le sang des taureaux rougira tes autels.
Mais, aujourd'hui, reçois avec un œil propice
La prière et le don du pieux aruspice;
Ces fruits qu'une vestale a cueillis, ce matin,
Dans le verger du temple, au pied de l'Aventin,
Et ce lait pur qui vient de la haute colline
Où, la nuit, on entend une voix sibylline,
Quand le berger craintif suspend aux verts rameaux
La flûte qu'un dieu fit avec sept chalumeaux.
L'aube sur le Soracte annonce sa lumière;
Si j'apporte déjà mon offrande première,
C'est qu'une grande voix a retenti dans l'air;
C'est que la foudre, à gauche, a grondé sans éclair,
Et que, dans cette nuit sombre et mystérieuse,
A gémi l'oiseau noir aux branches de l'yeuse.
O dieu lare! dis-moi quel forfait odieux
Doit punir aujourd'hui la colère des dieux,
Afin que le flamine et la blanche vestale
Ouvrent du temple saint la porte orientale,
Et qu'au maître des dieux, dans les rayons naissants,
Montent avec le jour la prière et l'encens.
SCÈNE II
FAUSTUS, BRUTUS, en tunique de couleur brune, comme un
laboureur suburbain
BRUTUS
Que les dieux te soient doux, vieillard, et que Cybèle
Jamais dans tes jardins n'ait un sillon rebelle!
La fatigue m'oppresse; à l'étoile du soir,
Hier, je vins à la ville ...
FAUSTUS
Ici, tu peux t'asseoir.
Modeste est ma maison, étroite est son enceinte.
Mais j'y vénère encor l'hospitalité sainte,
Et j'apaise toujours la faim de l'indigent,
Comme si mon dieu lare était d'or ou d'argent.
BRUTUS
Je le sais.
FAUSTUS
Quelle rive, étranger, t'a vu naître?
BRUTUS
Quand les dieux parleront, je me ferai connaître.
Ma mère est de Capène; elle m'accoutuma,
Tout enfant, à servir les grands dieux de Numa.
Du haut du Quirinal, on voit ma bergerie
Sous le bois saint aimé de la nymphe Égérie,
Et jamais le loup fauve, autour de ma maison,
Ne souilla de ses dents une molle toison.
FAUSTUS
Et quel secret dessein à la ville t'amène?
BRUTUS
La liberté!... Jadis Rome était son domaine,
Lorsque les rois pasteurs, sur le coteau voisin,
Pauvres, se couronnaient de pampre et de raisin;
Lorsque le vieux Évandre arrivait dans la plaine,
Pour présider aux jeux, sous un sayon de laine,
Et que partout le Tibre admirait sur ses bords
Des vertus au dedans et du chaume au dehors ...
Mais ces temps sont bien loin! Tout dégénère et tombe
Le puissant Romulus doit frémir dans sa tombe,
En écoutant passer sur son marbre divin
Des rois ivres d'orgueil, de luxure et de vin!
FAUSTUS
Jeune homme, la sagesse a parlé par ta bouche.
Ton regard est serein; ta voix rude me touche.
Non, tu n'es pas de ceux qui vont à nous, rampant
Sous l'herbe des jardins, comme fait le serpent;
Infâmes délateurs qui touchent un salaire
En révélant au roi la plainte populaire,
Et livrent au bourreau, sous l'arbre du chemin,
Tout citoyen encor fier du nom de Romain ...
BRUTUS
Prêtre, écoute ton fils.—Tu te souviens, sans doute,
D'un nom sacré, d'un nom que le tyran redoute,
D'un nom qui flamboyait sur le front d'un mortel,
Comme un feu de Cybèle allumé sur l'autel,
De Brutus?
FAUSTUS
Sa mémoire est-elle ensevelie?
Ce nom est-il de ceux que le Romain oublie?
Il vivra tant qu'un prêtre en tunique de lin
Dira l'hymme de Rome au dieu capitolin!
Je l'ai connu! J'ai vu s'incliner, comme l'herbe,
Ce héros sous le fer de Tarquin le Superbe!..
Il est mort! Morts aussi tous ses nobles parents,
Hécatombe de gloire immolée aux tyrans!
BRUTUS
Prêtre, il lui reste un fils.
FAUSTUS
Je le sais: corps sans âme!
Noble front que le ciel a privé de sa flamme!
Ombre errante qui va demander sa raison
Au sang liquide encore au seuil de sa maison!
BRUTUS
C'est un faux bruit: sa main à la vengeance est prête;
Minerve a conservé sa raison dans sa tête.
Son père lui légua son visage, sa voix,
Sa vertu ...
FAUSTUS, s'écriant
Dieux, je veux l'embrasser!
BRUTUS
Tu le vois.
FAUSTUS
Oh!...
(Serrant Brutus dans ses bras)
Les dieux quelquefois jettent sur la paupière
Un voile, comme ils font aux images de pierre;
La vieillesse est aveugle! Oh! je te reconnais!
Je rentre dans la vie ... Oui, mon fils, je renais!
O dieu lare, pourquoi ton funèbre présage?
Oui, voilà bien son pas, son regard, son visage,
Son maintien de héros, son geste triomphant!
Brutus, mort sous mes yeux, revit en son enfant!
Mes pleurs réjouiront ma paupière ridée!...
Dis, quel heurteux distin t'a conduit?
BRUTUS
Une idée.
Le temps est précieux; le premier rayon d'or
Luit sur le fronton blanc de Jupiter Stator.
Il faut agir! Apprends que, dans Rome, j'épie
Les cyniques projets de cette race impie,
Et qu'elle nous prépare un crime de l'enfer,
Rêvé par l'Euménide en sa couche de fer.
La ville de nos dieux par le crime est gardée;
Le sénat dort; Tarquin fait le siège d'Ardée;
La justice se voile et marche d'un pas lent;
Sextus règne au palais! Sextus!... un insolent!
Entouré nuit et jour de ses amis infâmes,
Braves comme Ixion pour insulter les femmes!
Ne laissant, sous le chaume ou le lambris doré,
Dans une alcôve en deuil, qu'un lit déshonoré!
Ce matin, éveillé, l'aube luisant à peine,
J'ai vu Sextus assis sous la porte Capène.
Il parlait, l'imprudent! et ne se doutait pas
Du fantôme éternel qui brûle tous ses pas!
Donc, j'ai su qu'il attend que Rome tout entière
S'éveille, et qu'un esclave apporte sa litière.
Je ne puis en douter: un obscène souci,
Avant le grand soleil, doit le conduire ici.
FAUSTUS
Ici?
BRUTUS
Dans ta maison quel dieu jaloux amène,
Par ce sentier désert, une dame romaine?
FAUSTUS
Une seule ... elle vient aux heures du matin.
BRUTUS
Quel est son nom?
FAUSTUS
L'hymen l'unit à Collatin.
BRUTUS
Lucrèce!... Dieux, le lys de notre gynécée!
Sainte pudeur, défends ta fille menacée!
FAUSTUS
Son époux est absent, et, quand le jour a lui,
Elle vient consulter les augures pour lui.
BRUTUS
Oh! qu'aujourd'hui des dieux la puissance immortelle
L'écarte!
FAUSTUS
Un bruit de pas!...
BRUTUS
Sainte pudeur! c'est elle!...
Now we certainly wanted our joke, but we did not wish to commit a murder; and to have played this piece at the Théâtre-Français or at the Porte-Saint-Martin, before M. Ponsard's Lucrèce, would assuredly have killed the latter. Méry, therefore, pulled himself up half-way through the first Act.
One last word about 1828.
At this period, Méry lived at 29 rue du Harlay, in the same rooms with Carrel. Their evening gatherings generally consisted of Rabbe, Raffenel and Reboul.
Of these five friends, who were well-nigh inseparable, four were carried off cruelly in the prime of their life. Rabbe, by a terrible disease that brought him to his grave as disfigured as though his features had been gnawed by a tiger. Carrel and Reboul were killed in duels, the one at Saint-Mandé, the other at Martinique. Raffenel was blown to pieces on the Acropolis by a Turkish cannon-ball.