"This is it, monsieur, since you would like to hear it."

"Come, come, don't be afraid," said old Bichet.

I rallied all my powers, and in fairly confident tones I repeated the following lines, which I think may indicate that I had made some progress:—

LA PEYROUSE
Le ciel est pur, la mer est belle!
Un vaisseau, près de fuir le port,
Tourmente son ancre rebelle,
Fixée au sable, qu'elle mord.
Il est impatient d'une onde
Plus agitée et plus profonde;
Le géant voudrait respirer!
Il lui faut pour air les tempêtes;
Il lui faut les combats pour fêtes,
Et l'Océan pour s'égarer.
Silencieux et solitaire,
Un homme est debout sur le pont,
Son regard, fixé vers la terre,
Trouve un regard qui lui répond.
Sur le rivage en vain la foule,
Comme un torrent, s'amasse et roule,
Il y suit des yeux de l'amour
Celle qui, du monde exilée,
Doit désormais, triste et voilée,
Attendre l'heure du retour.[1]
Son œil se trouble sous ses larmes,
Et, pourtant, ce fils des dangers
A vu de lointaines alarmes,
A vu des mondes étrangers:
Deux fois le cercle de la terre,
Découvrant pour lui son mystère,
Des bords glacés aux bords brûlants,
Sentit, comme un fer qui déchire,
La carène de son navire
Sillonner ses robustes flancs.
Et la fortune enchanteresse
Ne l'entraînait pas sur les flots;
L'espoir de la douce paresse
Ne berçait pas ses matelots.
Dédaigneux des biens des deux mondes,
Il ne fatiguait pas les ondes
Pour aller ravir, tour à tour,
L'or que voit germer le Potose
L'émeraude à Golconde éclose,
Et les perles de Visapour.
C'est une plus noble espérance
Qui soutient ses travaux divers.
Sa parole, au nom de la France,
Court interroger l'univers.
Il faut que l'univers réponde!
Dans son immensité féconde,
Peut-être cherche-t-il encor
Quelque désert âpre et sauvage,
Quelque délicieux rivage,
Que garde un autre Adamastor.

Il le trouvera! Mais silence!
Du canon le bruit a roulé;
Au haut du mât, qui se balance,
Un pavillon s'est déroulé.
Comme un coursier dans la carrière
Traîne un nuage de poussière
Que double sa rapidité,
Le vaisseau s'élance avec grâce,
A sa suite laissant pour trace
Un large sillon argenté.
Bientôt ses mâtures puissantes
Ne sont plus qu'un léger roseau;
Ses voiles flottent, blanchissantes,
Comme les ailes d'un oiseau.
Puis, sur la mouvante surface,
C'est un nuage qui s'efface,
Un point que devinent les yeux,
Qui s'éloigne, s'éloigne encore,
Ainsi qu'une ombre s'évapore ...
Et la mer se confond aux cieux.
Alors, lentement dans la foule,
Meurt le dernier cri du départ;
Silencieuse, elle s'écoule
En s'interrogeant du regard.
Puis l'ombre, à son tour descendue,
Occupe seule l'étendue.
Rien sur la mer, rien sur le port;
Au bruit monotone de l'onde,
Pas un bruit humain qui réponde:
L'univers fatigué s'endort!
Les ans passent, et leur silence
N'est interrompu quelquefois
Que par un long cri qui s'élance,
Proféré par cent mille voix.
On a, sur un lointain rivage,
Trouvé les débris d'un naufrage ...
Vaisseaux, volez sur cet écueil!
Les vaisseaux ont revu la France
Mais les signes de l'espérance
Sont changés en signes de deuil!

Hélas!... combien de fois, trompée,
La France reprit son espoir!
Tantôt, c'est un tronçon d'épée
Qu'aux mains d'un sauvage on crut voir;
Tantôt, c'est un vieil insulaire
Séduit par l'appât du salaire,
Qui se souvient, avec effort,
Que d'étrangers d'une autre race
Jadis il aperçut la trace
Dans une île ... là-bas ... au nord.
Que fais-tu loin de ta patrie,
Qui t'aimait entre ses enfants,
Lorsque, pour ta tête chérie,
Elle a des lauriers triomphants?
Pour toi, la mer s'est-elle ouverte?
Dors-tu sur un lit d'algues vertes?
Ou, par un destin plus fatal,
Sens-tu tes pesantes journées
Rouler sur ton front des années
Qu'ignore le pays natal?
Et, pourtant, te dictant ta route,
Un roi t'a tracé ton chemin;
Mais du ciel le pouvoir, sans doute,
A heurté le pouvoir humain.
Et, tandis qu'à leur ignorance
Du retour sourit l'espérance,
Dieu, sur les tables de la loi,
A deux différentes tempêtes
A déjà voué les deux têtes
Du navigateur et du roi!..."

I had followed with the closest attention the effect produced upon my hearers. M. Parseval blinked his eyelids and simply twirled his thumbs one round the other; M. Pieyre opened his eyes very wide and smiled, his mouth also wide open. Old Bichet, as curious as I was as to the impression I was making on his two friends, seeing that this impression was favourable, shook his head delightedly, saying under his breath—

"Just like Piron! Just like Piron!

When I had finished, they burst out into applause, which was followed by all sorts of encouraging advice.

I did not know whether I stood on my head or my heels. Imagine the feelings of Ovid, exiled among the Thracians, when he found a sun more radiant than that at Rome, and on carpets of flowers more fragrant than those of Pæstum, under trees that lent a cooler shade than those by the Tiber, listened to the applause given his Tristia and his Metamorphoses. I gave thanks to the gods who, unsolicited, had granted me this moment of peace. We shall see that it was to be of but short duration.