That wretched year 1813 was a strange period of introspection. Un jour ... But we will let the poet himself describe matters, in the verses below:—
"J'eus, dans ma blonde enfance, hélas, trop éphémère,
Trois maîtres: un jardin, un vieux prêtre et ma mère.
Le jardin était grand, profond, mystérieux,
Fermé par de hauts murs aux regards curieux,
Semé de fleurs s'ouvrant ainsi que des paupières,
Et d'insectes vermeils qui couraient sur les pierres;
Plein de bourdonnements et de confuses voix;
Au milieu presqu'un champ, dans le fond presqu'un bois.
Le prêtre, tout nourri de Tacite et d'Homère,
Était un doux vieillard; ma mère était ma mère.
Ainsi, je grandissait sous un triple rayon!
Un jour ... Oh! si Gauthier me prêtait son crayon,
Je vous dessinerais d'un trait une figure
Qui, chez ma mère, un soir entra, fâcheux augure!
Un docteur au front pauvre, au maintien solennel;
Et je verrais éclore a vos bouches sans fiel,
Portes de votre cœur qu'aucun souci ne mine,
Ce rire éblouissant qui parfois m'illumine.
Lorsque cet homme entra je jouais au jardin,
Et rien qu'en le voyant je m'arrêtai soudain.
C'était le principal d'un collège quelconque;
Les tritons que Coypel groupe autour d'une conque,
Les faunes que Watteau dans les bois fourvoya,
Les sorciers de Rembrandt, les gnomes de Goya,
Les diables variés, vrais cauchemars de moine,
Dont Callot, en riant, taquine saint Antoine,
Sont laids mais sont charmant; difformes, mais remplis
D'un feu qui, de leur face, anime tous les plis,
Et parfois, dans leurs yeux, jette un eclair rapide!
Notre homme était fort laid, mais il était stupide!
Pardon, j'en parle encor comme un franc écolier;
C'est mal; ce que j'ai dit, tachez de l'oublier.
Car de votre âge heureux, qu'un pedant embarrasse,
J'ai gardait la colère et j'ai perdu la grâce.
Cet homme chauve et noir, très effrayant pour moi,
Et dont ma mère aussi d'abord eut quelque effroi,
Tout en multipliant les humbles attitudes,
Apportait des avis et des sollicitudes:
Que l'enfant n'était pas dirigé; que, parfois,
Il emportait son livre en rêvant dans les bois;
Qu'il croissait au hasard dans cette solitude;
Qu'on devait y songer, que la sévère étude
Était fille de l'ombre et des cloîtres profonds;
Qu'une lampe pendue à de sombres plafonds,
Qui de cent écoliers guide la plume agile,
Éclairait mieux Horace et Catulle et Virgile,
Et versait à l'esprit des rayons bien meilleurs
Que le soleil qui joue à travers l'arbre en fleurs;
Et qu'enfin, il fallait aux enfants, loin des mères,
Le joug, le dur travail, et les larmes amères.
Là dessus le collège, aimable et triomphant,
Avec un doux sourire, offrait au jeune enfant,
Ivre de liberté, d'air, de joie et de roses,
Ses bancs de chêne noir, ses longs dortoirs moroses,
Les salles qu'on verrouille et qu'à tous leurs pilliers
Sculpte avec un vieux clou l'ennui des écoliers;
Les magisters qui font, parmi les paperasses,
Manger l'heure du jeu par les pensums voraces,
Et, sans eau, sans gazon, sans arbres, sans fruits mûrs,
Sa grande cour pavée, entre quatre grands murs!"
Here I would fain break off the quotation and continue in prose; but, to tell the truth, I have not the courage to do so. Oh! what fine lines yours are, my friend, and what a joy it is to me, not simply to cause them to be read—all the world has read them—but to cause them to be re-read by the hundred thousand readers whose eyes will travel over this chapter and who will sigh, with looks turned towards England—
"Soupir qui va vers toi sur la brise du soir,
Fait d'un quart de tristesse et de trois quarts d'espoir."
Let us pick up the thread of Hugo's lines, into the middle of which I had the temerity to venture to put a couple of my own:—
"L'homme congédié, de ses discours frappée,
Ma mère demeura triste et préoccupée.
—Que faire? que vouloir? qui donc avait raison,
Ou le morne collège ou l'heureuse maison?
Qui sait mieux de la vie accomplir l'œuvre austère,
L'écolier turbulant ou l'enfant solitaire?—
Problèmes! questions! Elle hésitait beaucoup.
L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,
Ame par le destin non pas les livres faite,
De quel front repousser ce tragique prophète
Au ton si magistral, aux gestes si certains,
Qui lui parlait au noms des Grecs et des Latins?
Le prêtre était savant, sans doute; mais, que sais-je,
Apprend-on par le maître ou bien par le collège?
Et puis enfin,—souvent ainsi nous triomphons,—
L'homme le plus vulgaire a de grands mots profonds;
II est indispensable! il convient! il importe!
Qui trouble quelquefois la femme la plus forte ...
Pauvre mère, lequel choisir des deux chemins?
Tout le sort de son fils se pesait dans ses mains.
Tremblante, elle tenait cette lourde balance,
Et croyait bien la voir, par moment, en silence,
Pencher vers le collège, hélas! en opposant
Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.
Elle songeait ainsi, sans sommeil et sans trêve;
C'était l'été vers l'heure ou la lune se lève,
Par un de ces beaux soirs qui ressemblent au jour,
Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour.
Dans son parc, où jouaient le rayon et la brise,
Elle errait toujours triste et toujours indécise,
Questionnant tout has l'eau, le ciel, la forêt,
Écoutant au hasard les voix qu'elle entendrait.
C'est dans ces moments là que le jardin paisible,
La broussaille où remue un insecte invisible,
Le scarabée, ami des feuilles, le lézard
Courant au clair de lune au fond du vieux puisard,
La faïence à fleur bleue où vit la plante grasse,
Le dôme oriental du sombre Val-de-Grâce,
Le cloître du couvent, brisé mais doux encore,
Les marroniers, la verte allée aux boutons d'or,
La statue où sans bruit se meut l'ombre des branches,
Les pâles liserons, les pâquerettes blanches,
Les cent fleurs du buisson, de l'arbre, du roseau,
Qui rendent en parfums les chansons à l'oiseau,
Se mirent dans la mare ou se cache sous l'herbe,
Ou qui, de l'ébénier chargeant le front superbe,
Au bord des clairs étangs, se mêlant au bouleau,
Tremblent en grappes d'or dans les moires de l'eau,
Et le ciel scintillant derrière les ramées,
Et les toits répandant de charmantes fumées;
C'est dans ces moments-là, comme je vous le dis,
Que tout ce beau jardin, radieux paradis,
Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses,
Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses
Parlèrent à ma mère avec l'onde et le vent,
Et lui dirent tout has: 'Laisse-nous cet enfant!'
Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée;
Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée,
Cette tête au front pur qu'aucun deuil ne voilà,
Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous la,
Ne va pas la jetter au hasard dans la foule:
La foule est un torrent qui brise ce qu'il roule.
Ainsi que les oiseaux, les enfants ont leurs peurs.
Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs,
A nos soupirs légers comme l'aile d'un songe,
Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,
Ce sourire naïf que sa candeur défend.
O mère au cœur profond, laisse-nous cet enfant!
Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées;
Nous changerons en jours les lunes commencées;
Dieu deviendra visible à see yeux enchantés;
Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés;
Nous sommes la nature, et la source éternelle
Où toute soif s'étanche, où se lave toute aile;
Et les bois et les champs, du sage seul compris,
Font l'éducation de tous les grands esprits;
Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublimes,
Nous le pénétrerons de ces parfums intimes
Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,
Qui font sortir de l'homme et monter jusqu'à Dieu,
Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vase,
L'espérance, l'amour, la prière et l'extase!
Nous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ici bas,
Vers le secret de tout entr'ouvert sous ses pas.
D'enfant nous ferons homme, et d'homme poëte;
Pour former de ses sens la corolle inquiète,
C'est nous qu'il faut choisir, et nous lui montrerons
Comment, de l'aube au soir, du chêne aux moucherons;
Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,
La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines;
Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui,
Et nous ferons germer de toute part en lui,
Pour l'homme, triste d'effet, perdu sous tant de causes
Cette pitié qui naît du spectacle des choses.
Laisse-nous cet enfant, nous lui ferons un cœur
Qui comprendra la femme; un esprit non moqueur,
Où naîtront aisément le songe et la chimère;
Qui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammaire;
Une âme pour foyer de secrètes faveurs,
Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs,
Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées,
Jettera des rayons sur toutes les idées.'
Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se tait,
L'astre, la plante et l'arbre,—et ma mère écoutait.
Enfant! ont-ils tenu leur promesse sacrée?
Je ne sais, mais je sais que ma mère adorée
Les crut, et m'épargnant d'ennuyeuses prisons,
Confia ma jeune âme à leur douces leçons!"
We see from what the poet tells us himself, what a struggle his mother had to keep up (having for ally the beautiful garden of the Feuillantines) against a master of the college, sent by M. de Fontanes, who was uneasy, after the fashion of Napoleon, that a child should grow up wild in the depths of an old cloister, thus escaping the university training which, in all ages and in every reign, has had for its object the breaking in of high-stepping colts. Thus, at fifteen, the old convent of the Feuillantines had fulfilled its promises, and made the child a poet. We shall see more of this presently, but for the moment let us go back to General Hugo, who, at the very time when the mother and son conflict was proceeding was assisting at the retreat from Spain, after the two great battles of Salamanca and Vittoria, the Leipzig and Waterloo of the South. He had with him, as aide-de-camp, his son Abel, who, when only fourteen, had already been present at and taken part in three pitched battles and seventeen skirmishes. He had no need to envy his old schoolfellow Lillo, of the Séminaire des Nobles, who was an officer at fifteen years of age.
When the remnant of the army of Spain returned to France they found a French corps d'observation awaiting them with Imperial orders to incorporate the Spanish army with the French army. But those four years of service in Spain, that arduous campaign during which they had had to struggle not only against two armies, but also against the entire population; those dreadful sieges rivalled only in ancient warfare, when women and children defended every corner of the ramparts, every home and every stone, with musket and poignard in hand; those sierras, recalling the wars of the Titans, when fires were lit on every high peak; those jagged mountains taken by charges of cavalry; those rock fortresses defended and carried one after another; those scores of passes each like another Thermopylæ; that butchery in which torture and death awaited anyone taken prisoner, all went for nothing, was forgotten, had ceased to exist, had never existed directly Spain was evacuated. It might have been asked of Napoleon why he evacuated Russia. But it had taken a very god to bend the invincible one beneath him; like Thor, son of Odin, he had struggled with Death itself; he had not been vanquished like Xerxes, he had been crushed like Cambyses. The distinction is subtle, but one no more dreamt of disputing with the conqueror of Austerlitz than with the hero vanquished at Beresina. So the services of the French in Spain were regarded as of naught, and—except the 200,000 men left upon the battlefields of Talavera, Saragossa, Bayleu, Salamanca and Vittoria—all was as though nothing had occurred.
Consequently, General Hugo found this order addressed to himself at Bayonne:—