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Un instant, Bérengère, écoutez-moi!
—J'écoute:
Dites vite.
—J'ai cru, je me trompais sans doute,
Qu'ici vous m'aviez dit, ici même ... Pardon! —Quoi?
—Que vous m'aimiez!
—Oui, je l'ai dit.
—Eh bien, donc,
Puisque même destin, même amour nous rassemble,
Bérengère, ce soir ...
—Eh bien?
—Fuyons ensemble!
—Sans frapper?
—Ses remords vous vengeront-ils pas?
—Esclave, me crois-tu le cœur placé si has,
Que je puisse souffrir qu'en ce monde où nous sommes,
J'aie été tour à tour l'amante de deux hommes,
Dont le premier m'insulte, et que tous deux vivront,
Sans que de celui-là m'ait vengé le second?
Crois-tu que, dans un cœur ardent comme le nôtre,
Un amour puisse entrer sans qu'il dévore l'autre?
Si tu l'as espéré, l'espoir est insultant!
—Bérengère!
—Entre nous, tout est fini ... Va-t'en!
—Grâce!...
—Je saurai bien trouver, pour cette tâche,
Quelque main moins timide et quelque âme moins lâche,
Qui fera pour de l'or ce que, toi, dans ce jour,
Tu n'auras pas osé faire pour de l'amour!
Et, s'il n'en était pas, je saurais bien moi-même,
De cet assassinat affrontant l'anathème,
Me glisser an milieu des femmes, des valets,
Qui flattent les époux de leurs nouveaux souhaits,
Et les faire avorter, ces souhaits trop précoces,
En vidant ce flacon dans la coupe des noces!
—Du poison?
—Du poison! Mais ne viens plus, après,
Esclave, me parler d'amour et de regrets!
Refuses-tu toujours?... Il te reste un quart d'heure.
C'est encore plus de temps qu'il n'en faut pour qu'il meure,
Un quart d'heure!... Réponds, mourra-t-il de ta main?
Es-tu prêt? Réponds-moi, car j'y vais. Dis!
—Demain!
—Demain! Et, cette nuit, dans cette chambre même,
Ainsi qu'il me l'a dit, il lui dira: Je t'aime!
Demain! Et, d'ici là, que ferai-je? Ah! tu veux,
Cette nuit, qu'à deux mains j'arrache mes cheveux;
Que je brise mon front à toutes les murailles;
Que je devienne folle? Ah! demain! mais tu railles!
Et si ce jour était le dernier de nos jours?
Si cette nuit d'enfer allait durer toujours?
Dieu le peut ordonner, si c'est sa fantaisie.
Demain? Et si je suis morte de jalousie?
Tu n'es donc pas jaloux, toi? tu ne l'es donc pas?"

I refrain from quoting the rest of the scene, the methods employed being, I believe, those peculiar to myself. Yaqoub yields: he dashes into the Comte's chamber; Bérengère flings herself behind a prie-Dieu; the Comte passes by with his new wife; he enters his room; a shriek is heard.

"BÉRENGÈRE, puis YAQOUB et LE COMTE.

BÉRENGÈRE.
Le voilà qui tombe!
Savoisy, retiens-moi ma place dans ta tombe!
(Elle avale le poison quelle avait montré à Yaqoub.)

YAQOUB. ... Fuyons! il vient
(Le comte paraît, sanglant et se cramponnant à la tapisserie.)
LE COMTE. C'est toi.
Yaqoub, qui m'as tué!
BÉRENGÈRE.
Ce n'est pas lui: c'est moi!
LE COMTE.
Bérengère!... Au secours! Je meurs!
YAQOUB.
Maintenant, femme,
Fais-moi tout oublier, car c'est vraiment infâme!
Viens donc!... Tu m'as promis de venir ... Je t'attends...
D'être à moi pour toujours!
BÉRENGÈRE.
Encor quelques instants,
Et je t'appartiendrai tout entière.
YAQOUB.
Regarde!
Ils accourent aux cris qu'il a poussés ... Prends garde,
Nous ne pourrons plus fuir, il ne sera plus temps.
Ils viennent, Bérengère!
BÉRENGÈRE.
Attends, encore, attends!
YAQOUB.
Oh! viens, viens! toute attente à cette heure est mortelle!
La cour est pleine, vois ... Mais viens donc!... Que fait-elle?
Bérengère, est-ce ainsi que tu gardes ta foi!
Bérengère, entends-tu? viens!
BÉRENGÈRE, rendant le dernier soupir.
Me voici ... Prends moi
YAQOUB.
Oh! malédiction!... son front devient livide ...
Son cœur?... Il ne bat plus!... Sa main? Le flacon vide!..."

It will be seen that this contains three imitations; the imitation of Racine's Andromaque; that of Goethe's Goetz von Berlichingen; and that of Alfred de Musset's Marrons de feu. The reason is that Charles VII. is, first of all, a study, a laboriously worked up study and not a work done on the spur of the moment; it is a work of assimilation and not an original drama, which cost me infinitely more labour than Antony; but it does not therefore mean that I love it as much as Antony. Yet a few more words before I finish the subject. Let us run through the imitations in detail. I said I borrowed different passages from Maugrabin in Quentin Durward. Here they are:—

"'Unhappy being!' Quentin Durward exclaims. 'Think better! ... What canst thou expect, dying in such opinions, and impenitent?'

"'To be resolved into the elements,' said the hardened atheist; my hope, trust and expectation is, that the mysterious frame of humanity shall melt into the general mass of nature, to be recompounded in the other forms with which she daily supplies those which daily disappear, and return under different forms,—the watery particles to streams and showers, the earthly parts to enrich their mother earth, the airy portions to wanton in the breeze; and those of fire to supply the blaze of Aldeboran and his brethren—In this faith have I lived, and I will die in it!'"

Yaqoub is condemned to death for having killed Raymond the Comte's archer.

"LE COMTE. Esclave, si tu meurs en de tels sentiments,
Q'espères-tu?
YAQOUB.
De rendre un corps aux éléments,
Masse commune où l'homme, en expirant, rapporte
Tout ce qu'en le créant la nature en emporte.
Si la terre, si l'eau, si l'air et si le feu
Me formèrent, aux mains du hasard ou de Dieu,
Le vent, en dispersant ma poussière en sa course,
Saura bien reporter chaque chose à sa source!"

The second imitation examined in detail is again borrowed from Walter Scott, but from The Talisman this time, not from Quentin Durward. The Knight of the Leopard and the Saracen, after fighting against one another, effect a truce, and take lunch, chatting together, by the fountain called the Diamond of the Desert.