"31 December 1829
"Like Ugo Foscolo, I must write my ultime lettere. If every man who had thought and felt deeply could die before the decline of his faculties from age, and leave behind him his philosophical testament, that is to say, a profession of faith bold and sincere, written upon the planks of his coffin, there would be more truths recognised and saved from the regions of foolishness and the contemptible opinion of the vulgar.
"I have other motives for executing this project. There are in the world various interesting men who have been my friends; I wish them to know how I ended my life. I desire that even the indifferent, namely, the bulk of the general public (to whom I shall be a subject of conversation for about ten minutes—perhaps even that is an exaggerated supposition), should know, however poor an opinion I have of the majority of people, that I did not yield to cowardice, but that the cup of my weariness was already filled, when fresh wrongs came and overthrew it. I wish, in conclusion, that my friends, those indifferent to me, and even my enemies, should know that I have but exercised quietly and with dignity the privilege that every man acquires from nature—the right to dispose of himself as he likes. This is the last thing that has interest for me this side the grave. All my hopes lie beyond it ...if perchance there be anything beyond."
Thus, poor Rabbe, after all thy philosophy, sifted as fine as ripe grain; after all thy philosophising; after many prayers to God and dialogues with thy soul, and many conversations with death, these supreme interlocutors have taught thee nothing and thy last thought is a doubt!
Rabbe had said he would not see the year 1830: and he died during the night of the 31 December 1829.
Now, how did he die? That gloomy mystery was kept locked in the hearts of the last friends who were present with him. But one of his friends told me that, the evening before his death, his sufferings were so unendurable, that the doctor ordered an opium plaster to be put on the sick man's chest. Next day, they hunted in vain for the opium plaster but could not find it....
On 17 September 1835, Victor Hugo addresses these lines to him:—
À ALPHONSE RABBE
Mort le 31 décembre 1829
"Hélas! que fais tu donc, ô Rabbe, ô mon ami,
Sévère historien dans la tombe endormi?
Je l'ai pensé souvent dans les heures funèbres,
Seul, près de mon flambeau qui rayait les ténèbres,
O noble ami! pareil aux hommes d'autrefois,
Il manque parmi nous ta voix; ta forte voix,
Pleine de l'équité qui gonflait ta poitrine.
Il nous manque ta main, qui grave et qui burine,
Dans ce siècle où par l'or les sages sont distraits,
Où l'idée est servante auprès des intérêts;
Temps de fruits avortés et de tiges rompues,
D'instincts dénaturés, de raisons corrompues,
Où, dans l'esprit humain tout étant dispersé,
Le présent au hasard flotte sur le passé!
Si, parmi nous, ta tête était debout encore,
Cette cime où vibrait l'éloquence sonore,
Au milieu de nos flots tu serais calme et grand;
Tu serais comme un pont posé sur le courant.
Tu serais pour chacun la boix haute et sensée
Qui fait que, brouillard s'en va de la pensée,
Et que la vérité, qu'en vain nous repoussions,
Sort de l'amas confus des sombres visions!
Tu dirais aux partis qu'ils font trop be poussière
Autour de la raison pour qu'on la voie entière;
Au peuple, que la loi du travail est sur tous,
Et qu'il est assez fort pour n'être pas jaloux;
Au pouvoir, que jamais le pouvoir ne se venge,
Et que, pour le penseur, c'est un spectacle étrange.
Et triste, quand la loi, figure au bras d'airain,
Déesse qui ne doit avoir qu'un front serein,
Sort, à de certains jours, de l'urne consulaire,
L'œil hagard, écumante et folle de colère!
Et ces jeunes esprits, à qui tu souriais,
Et que leur âge livre aux rêves inquiets,
Tu leur dirais: Amis nés pour des temps prospères,
Oh! n'allez pas errer comme ont erré vos pères!
Laissez murir vos fronts! gardez-vous, jeunes gens,
Des systèmes dorés aux plumages changeants,
Qui, dans les carrefours, s'en vont faire la roue!
Et de ce qu'en vos cœurs l'Amérique secoue,
Peuple à peine essayé, nation de hasard,
Sans tige, sans passé, sans histoire et sans art!
Et de cette sagesse impie, envenimée,
Du cerveau de Voltaire éclose tout armée,
Fille de l'ignorance et de l'orgueil, posant
Les lois des anciens jours sur les mœurs d'à présent;
Qui refait un chaos partout où fut un monde;
Qui rudement enfoncé,—ô démence profonde!
Le casque étroit de Sparte au front du vieux Paris;
Qui, dans les temps passés, mal lus et mal compris,
Viole effrontément tout sage, pour lui faire
Un monstre qui serait la terreur de son père!
Si bien que les héros antiques tout tremblants
S'en sont voilé la face, et qu'après deux mille ans,
Par ses embrassements réveillé sous la pierre,
Lycurgue, qu'elle épouse, enfante Robespierre!"
Tu nous dirais à tous: 'Ne vous endormez pas!
Veillez et soyez prêts! Car déjà, pas à pas,
La main de l'oiseleur dans l'ombre s'est glissée
Partout où chante un nid couvé par la pensée!
Car les plus nobles fronts sont vaincus ou sont las!
Car la Pologne, aux fers, ne peut plus même, hêlas!
Mordre le pied tartare appuyé sur sa gorge!
Car on voit, chaque jour, s'allonger dans la forge
La chaîne que les rois, craignant la liberté,
Font pour cette géante, endormie à côté!
Ne vous endormez pas! travaillez sans relâche!
Car les grands ont leur œuvre et les petits leur tâche;
Chacun a son ouvrage à faire, chacun met
Sa pierre à l'édifice encor loin du sommet—
Qui croit avoir fini, pour un roi qu'on dépose,
Se trompe: un roi qui tombe est toujours peu de chose;
Il est plus difficile et c'est un plus grand poids
De relever les mœurs que d'abattre les rois.
Rien chez vous n'est complet: la ruine ou l'ébauche!
L'épi n'est pas formé que votre main le fauche!
Vous êtes encombrés de plans toujours rêvés
Et jamais accomplis ... Hommes, vous ne savez,
Tant vous connaissez peu ce qui convient aux âmes,
Que faire des enfants, ni que faire des femmes!
Où donc en êtes-vous? Vous vous applaudissez
Pour quelques blocs de lois au hasard entassés!
Ah! l'heure du repos pour aucun n'est venue;
Travaillez! vous cherchez une chose inconnue;
Vous n'avez pas de foi, vous n'avez pas d'amour;
Rien chez vous n'est encore éclairé du vrai jour!
Crépuscule et brouillards que vos plus clairs systèmes
Dans vos lois, dans vos mœurs et dans vos esprits
mêmes,
Partout l'aube blanchâtre ou le couchant vermeil!
Nulle part le midi! nulle part le soleil!'
Tu parlerais ainsi dans des livres austères,
Comme parlaient jadis les anciens solitaires,
Comme parlent tous ceux devant qui l'on se tait,
Et l'on t'écouterait comme on les écoutait;
Et l'on viendrait vers toi, dans ce siècle plein d'ombre,
Où, chacun se heurtant aux obstacles sans nombre
Que, faute de lumière, on tâte avec la main,
Le conseil manque à l'âme, et le guide au chemin!
Hélas! à chaque instant, des souffles de tempêtes
Amassent plus de brume et d'ombre sur nos têtes;
De moment en moment l'avenir s'assombrit.
Dans le calme du cœur, dans la paix de l'esprit,
Je l'adressais ces vers, où mon âme sereine
N'a laissé sur ta pierre écumer nulle haine,
À toi qui dors couché dans le tombeau profond,
À toi qui ne sais plus ce que les hommes font!
Je l'adressais ces vers, pleins de tristes présages;
Car c'est bien follement que nous nous croyons sages.
Le combat furieux recommence à gronder
Entre le droit de croître et le droit d'émonder;
La bataille où les lois attaquent les idées
Se mêle de nouveau sur des mers mal sondées;
Chacun se sent troublé comme l'eau sous le vent ...
Et moi-même, à cette heure, à mon foyer rêvant,
Voilà, depuis cinq ans qu'on oubliait Procuste,
Que j'entends aboyer, au seuil du drame auguste,
La censure à l'haleine immonde, aux ongles noirs,
Cette chienne au front has qui suit tous les pouvoirs,
Vile et mâchant toujours dans sa gueule souillée,
O muse! quelque pan de ta robe étoilée!
Hélas! que fais-tu donc, ô Rabbe, ô mon ami!
Sévère historien dans la tombe endormi?"
If anything of poor Rabbe still survives, he will surely tremble with joy in his tomb at this tribute. Indeed, few kings have had such an epitaph!