"Bientôt, dans une loge où nul flambeau ne brille,
Arrivent gravement César et sa famille,
De princes, d'archiducs, inépuisable cour,
Comme l'aire d'un aigle ou le nid d'un vautour.
On lisait sur leurs fronts, dans leur morne attitude,
Les ennuis d'un plaisir usé par l'habitude.
Un lustre aux feux mourants, descendu du plafond,
Mêlait sa lueur triste au silence profond;
Seulement, par secousse, à l'angle de la salle,
Résonnait quelquefois la toux impériale.
Alors, un léger bruit réveilla mon esprit;
Dans la loge voisine, une porte s'ouvrit,
Et, dans la profondeur de cette enceinte obscure,
Apparut tout à coup une pâle figure ...
Éteinte dans ce cadre au milieu d'un fond noir,
Elle était immobile, et l'on aurait cru voir
Un tableau de Rembrandt chargé de teintes sombres,
Où la blancheur des chairs se détache des ombres.
Je sentis dans mes os un étrange frisson;
Dans ma tête siffla le tintement d'un son;
L'œil fixe, le cou roide et la bouche entr'ouverte,
Je ne vis plus qu'un point dans la salle déserte:
Acteurs, peuple, empereur, tout semblait avoir fui;
Et, croyant être seul, je m'écriai: 'C'est lui!'
C'était lui! Tout à coup, la figure isolée
D'un coup d'œil vif et prompt parcourut l'assemblée.
Telle, en éclairs de feu, jette un reflet pareil
Une lame d'acier qu'on agite au soleil.
Puis, comme réprimant un geste involontaire,
Il rendit à ses traits leur habitude austère,
Et s'assit. Cependent, mes regards curieux
Dessinaient à loisir l'être mystérieux:
Voyant cet œil rapide où brille la pensée,
Ce teint blanc de Louise et sa taille élancée.
Ces vifs tressaillements, ces mouvements nerveux,
Ce front saillant et large, orné de blonds cheveux;
Oui, ce corps, cette tête où la tristesse est peinte,
Du sang qui les forma portent la double empreinte!
Je ne sais toutefois ... je ne puis sans douleur
Contempler ce visage éclatant de pâleur;
On dirait que la vie à la mort s'y mélange!
Voyez-vous comme moi cette couleur étrange?
Quel germe destructeur, sous l'écorce agissant,
A sitôt défloré ce fruit adolescent?
Assailli, malgré moi, d'un effroi salutaire,
Je n'ose pour moi-même éclaircir ce mystère.
Le noir conseil des cours, au peuple défendu,
Est un profond abîme où nul n'est descendu:
Invisible dépôt, il est, dans chaque empire,
Une énigme, un secret qui jamais ne transpire;
C'est ce secret d'État que, sur le crucifix,
Les rois, en expirant, révèlent à leurs fils!
Faut-il vous répéter un effroyable doute?
Écoutez ... ou plutôt que personne n'écoute!
S'il est vrai qu'à ta cour, malheureux nourrisson,
La moderne Locuste ait transmis sa leçon,
Cette horrible pâleur, sinistre caractère,
Annonce de ton sang le mal héréditaire;
Et peut-être aujourd'hui, méthodique assassin,
Le cancer politique est déjà dans ton sein!
Mais non! mon âme, en vain de terreurs obsédée,
Repousse en frissonnant, une infernale idée;
J'aime mieux accuser l'étude aux longues nuits,
Des souvenirs amers ou de vagues ennuis.
Comme une jeune plante à la tige légère.
Que poussa l'ouragan sur la terre étrangère,
Loin du sol paternel languit et ne produit
Que des fleurs sans parfum et des boutons sans fruit,
Sans doute, l'orphelin que la grande tempête
Emporta vers le Nord dans son berceau de fête,
Aujourd'hui, comprimant de cuisantes douleurs,
Tourne vers l'Occident des yeux chargés de pleurs!..."

The poet had collected as much as he could during his voyage: he had seen the poor Imperial child from afar, at the back of a box! He went away predicting, as we see, a precocious and early death.

If we believe M. de Montbel, after the departure of Barthélemy Napoléon en Égypte was read by the Imperial family in the presence of the Duc de Reichstadt, who listened to the reading with the profoundest indifference: he merely contented himself with saying that they had done right not to let the author of such a work have access to him.

Was he really so indifferent, so deceitful and ungrateful?


[CHAPTER VI]

Journey of the Duc de Reichstadt—M. le Chevalier de Prokesch—Questions concerning the recollections left by Napoléon en Égypte—The ambition of the Duc de Reichstadt—The Comtesse Camerata—The prince is appointed lieutenant-colonel—He becomes hoarse when holding a review—He falls ill—Report upon his health by Dr. Malfatti


In the month of June 1830 the Emperor of Austria left Vienna, as was his custom every year, to visit some of his provinces; this year it was Styria's turn to be honoured with the emperor's tour. His Majesty took with him Marie-Louise and her son, and they arrived at Gratz. There they found Lieutenant-Colonel Prokesch of Osten, who had just been travelling in Greece, Asia Minor, the Holy Land, Egypt and Nubia. He was a distinguished man, both by birth and by personal qualities; he had published several military treatises; among others one on the campaign of 1812 and one on that of 1815. The emperor invited him to dinner, and he was placed at table next to the Duc de Reichstadt. The prince addressed him first.