Ce qui s'est passé pour la politique s'est passé aussi pour la morale. En réalité, il s'est joué, depuis dix-huit mois, moins de pièces décolletées qu'il ne s'en jouait d'ordinaire sous l'empire de la censure. Le public sait que le théâtre est libre; il est plus difficile. Voilà la situation d'esprit où est le public. Pourquoi donc vouloir faire mal ce que la foule fait bien?

Laissez là la censure, organisez; mais, je vous le répète, organisez la liberté!


[See text, [p. 174]. The following precedes the letter to M. S. Henry Berthoud, in the Paris edition of the Souvenirs, 1854.]

Nous empruntons textuellement tout ce qui va suivre au Musée des Familles

HISTOIRE LITTÉRAIRE ET DRAMATIQUE DU XIXe SIÈCLE
Tour de Nesle.—M. ALEX. DUMAS—M. GAILLARDET—M. JULES JANIN—M. HAREL—M. BARBA

Une seule phrase, jetée au milieu d'un article publié par le Musée des Familles, a fait naître de tristes débats que la loi autant que notre esprit d'impartialité nous contraignent de reproduire. Si nous avons consenti à le faire aussi longuement, c'est afin de mettre un terme à cette lutte littéraire, de clore cette véritable mêlée dramatique dans laquelle ne manque aucun personnage. L'auteur en vogue malgré l'éclat qui s'attache à son nom, l'écrivain inconnu malgré l'intérêt qu'inspire tout jeune homme à ses débuts dans une carrière difficile,—le directeur de théâtre, malgré ses habiles combinaisons pour faire payer au parterre ses victories dramatiques,—l'éditeur théâtral marchandant la valeur litéraire du drame moderne,—et enfin, enfin le redoutable feuilletoniste des Débats, celui dont les deux seules initiales sont la terreur des vaudevillistes et qui jusqu'à présent avait joui du privilège de pouvoir attaquer sans réplique. Dans ce drame, qui se passe hors la scène et dans les colonnes du Journal à deux sous, tous les rôles sont remplis, tous les caractères se développent parfaitement, quelque confuse que paraisse l'action, et quelque hérissées de notes et de pièces que soient les pages du récit.

Un seul espoir affaiblit le regret que nous éprouvons de servir d'organes à une si triste révélation des mœurs littéraires de notre époque. L'immense publicité que lui donne le Musée des Familles éclairera, nous l'espérons, cette foule de jeunes hommes, qui, trompés par leur imagination, aspirent à quitter leur province, leur famille, leur foyer, leur profession modeste et lucrative pour les échanger contre la gloire et le bien-être de la vie littéraire et artistique de Paris. Qu'ils regardent de près quelle est cette gloire, quel est ce bien-être!—

[See [p. 204]. The following additional passage occurs in the Paris edition of the Souvenirs, vol. iv., 1854.]

They forgot that a soldier is an impassive tool, who is placed inflexibly between the two words obedience and disobedience, and that, from the standpoint of martial law, to obey is his duty, to disobey means disgrace. The soldiers had only done their duty by obeying. Men of intelligence fully understand this distinction; but the masses class together under the same malediction both the steel and the arm which wields it.