Quels sont ces bruits sourds?
Écoutez vers l'onde
Cette voix profonde
Qui pleure toujours
Et qui toujours gronde,
Quoiqu'un son plus clair
Parfois l'interrompe...—
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
Comme il pleut ce soir!
N'est-ce pas, mon hôte?
Là-bas, à la côte,
Le ciel est bien noir,
La mer est bien haute
On dirait l'hiver;
Parfois on s'y trompe...—
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
Oh! marins perdus!
Au loin, dans cette ombre.
Sur la nef qui sombre,
Que de bras tendus
Vers la terre sombre!
Pas d'ancre de fer
Que le flot ne rompe.—
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
Nochers imprudents!
Le vent dans la voile
Déchire la toile
Comme avec les dents!
Là-haut pas d'étoile!
L'un lutte avec l'air,
L'autre est à la pompe.—
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
C'est toi, c'est ton feu
Que le nocher rêve,
Quand le flot s'élève,
Chandelier que Dieu
Pose sur la grève,
Phare au rouge éclair
Que la brume estompe!—
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.

A yet sweeter and sadder and more magical sea-song there was yet to come years after—but only from the lips of an exile. Of the ballad—so to call it, if any term of definition may suffice—which stands out as a crowning splendor among Les Rayons et les Ombres, not even Hugo's own eloquence, had it been the work (which is impossible) of any other great poet in all time, could have said anything adequate at all. Not even Coleridge and Shelley, the sole twin sovereigns of English lyric poetry, could have produced this little piece of lyric work by combination and by fusion of their gifts. The pathetic truthfulness and the simple manfulness of the mountain shepherd's distraction and devotion might have been given in ruder phrase and tentative rendering by the nameless ballad-makers of the border: but here is a poem which unites something-of the charm of Clerk Saunders and The Wife of Usher's Well with something of the magic of Christabel and the Ode to the West Wind; a thing, no doubt, impossible; but none the less obviously accomplished.[1]

The lyric work of these years would have been enough for the energy of another man, for the glory of another poet; it was but a part, it was (I had well nigh said) the lesser part, of its author's labors—if labor be not an improper term for the successive or simultaneous expressions or effusions of his indefatigable spirit. The year after Notre-Dame de Paris and Les Feuilles d'Automne appeared one of the great crowning tragedies of all time, Le Roi s'amuse. As the key-note of Marion de Lorme had been redemption by expiation, so the key-note of this play is expiation by retribution. The simplicity, originality, and straightforwardness of the terrible means through which this austere conception is worked out would give moral and dramatic value to a work less rich in the tenderest and sublimest poetry, less imbued with the purest fire of pathetic passion. After the magnificent pleading of the Marquis de Nangis in the preceding play, it must have seemed impossible that the poet should, without a touch of repetition or reiterance, be able again to confront a young king with an old servant, pour forth again the denunciation and appeal of a breaking heart, clothe again the haughtiness of honor, the loyalty of grief, the sanctity of indignation, in words that shine like lightning and verses that thunder like the sea. But the veteran interceding for a nephew's life is a less tragic figure than he who comes to ask account for a daughter's honor. Hugo never merely repeats himself; his miraculous fertility and force of utterance were not more indefatigable and inexhaustible than the fountains of thought and emotion which fed that eloquence with fire.

In the seventh scene of the fourth act of Marion de Lorme, an old warrior of the days of Henri Quatre comes to plead with the son of his old comrade in arms for the life of his heir, condemned to death as a duelist by the edict of Richelieu.

LE MARQUIS DE NANGIS (se relevant).

Je dis qu'il est bien temps que vous y songiez, sire;
Que le cardinal-duc a de sombres projets,
Et qu'il boit le meilleur du sang de vos sujets.
Votre père Henri, de mémoire royale,
N'eût pas ainsi livré sa noblesse loyale;
Il ne la frappait point sans y fort regarder;
Et, bien gardé par elle, il la savait garder.
Il savait qu'on peut faire avec des gens d'épées
Quelque chose de mieux que des têtes coupées;
Qu'ils sont bons à la guerre. Il ne l'ignorait point,
Lui dont plus d'une balle a troué le pourpoint.
Ce temps était le bon. J'en fus, et je l'honore,
Un peu de seigneurie y palpitait encore.
Jamais à des seigneurs un prêtre n'eût touché.
On n'avait point alors de tête à bon marché.
Sire! en des jours mauvais comme ceux où nous
sommes,
Croyez un vieux, gardez un peu de gentilshommes.
Vous en aurez besoin peut-être à votre tour.
Hélas! vous gémirez peut-être quelque jour
Que la place de Grève ait été si fêtée,
Et que tant de seigneurs de bravoure indomptée,
Vers qui se tourneront vos regrets envieux,
Soient morts depuis longtemps qui ne seraient pas
vieux!
Car nous sommes tout chauds de la guerre civile,
Et le tocsin d'hier gronde encor dans la ville.
Soyez plus ménager des peines du bourreau.
C'est lui qui doit garder son estoc au fourreau,
Non pas vous. D'échafauds montrez-vous économe.
Craignez d'avoir un jour à pleurer tel brave homme,
Tel vaillant de grand cœur, dont, à l'heure qu'il est,
Le squelette blanchit aux chaînes d'un gibet!
Sire! le sang n'est pas une bonne rosée;
Nulle moisson ne vient sur la Grève arrosée,
Et le peuple des rois évite le balcon,
Quand aux dépens du Louvre on peuple Montfaucon.
Meurent les courtisans, s'il faut que leur voix aille
Vous amuser, pendant que le bourreau travaille!
Cette voix des flatteurs qui dit que tout est bon,
Qu'après tout on est fils d'Henri Quatre, et Bourbon,
Si haute qu'elle soit, ne couvre pas sans peine
Le bruit sourd qu'en tombant fait une tête humaine.
Je vous en donne avis, ne jouez pas ce jeu,
Roi, qui serez un jour face à face avec Dieu.
Donc, je vous dis, avant que rien ne s'accomplisse,
Qu'à tout prendre il vaut mieux un combat qu'un
supplice,
Que ce n'est pas la joie et l'honneur des états
De voir plus de besogne aux bourreaux qu'aux soldats,
Que c'est un pasteur dur pour la France où vous êtes
Qu'un prêtre qui se paye une dîme de têtes,
Et que cet homme illustre entre les inhumains
Qui touche à votre sceptre—a du sang à ses mains!

In the fifth scene of the first act of Le Roi s'amuse, an old nobleman whose life, forfeit on a charge of friendship or relationship with rebels, has been repurchased by his daughter from the king at the price of her honor, is insulted by the king's jester when he comes to speak with the king, and speaks thus, without a glance at the jester.

Une insulte de plus!—Vous, sire, écoutez-moi,
Comme vous le devez, puisque vous êtes roi!
Vous m'avez fait un jour mener pieds nus en Grève;
Là, vous m'avez fait grâce, ainsi que dans un rêve,
Et je vous ai béni, ne sachant en effet
Ce qu'un roi cache au fond d'une grâce qu'il fait.
Or, vous aviez caché ma honte dans la mienne.—
Oui, sire, sans respect pour une race ancienne,
Pour le sang de Poitiers, noble depuis mille ans,
Tandis que, revenant de la Grève à pas lents,
Je priais dans mon cœur le dieu de la victoire
Qu'il vous donnât mes jours de vie en jours de gloire,
Vous, François de Valois, le soir du même jour,
Sans crainte, sans pitié, sans pudeur, sans amour,
Dans votre lit, tombeau de la vertu des femmes,
Vous avez froidement, sous vos baisers infâmes,
Terni, flétri, souillé, déshonoré, brisé
Diane de Poitiers, comtesse de Brézé!
Quoi! lorsque j'attendais l'arrêt qui me condamne,
Tu courais donc au Louvre, ô ma chaste Diane!
Et lui, ce roi sacré chevalier par Bayard,
Jeune homme auquel il faut des plaisirs de vieillard,
Pour quelques jours de plus dont Dieu seul sait le compte,
Ton père sous ses pieds, te marchandait ta honte,
Et cet affreux tréteau, chose horrible à penser!
Qu'un matin le bourreau vint en Grève dresser,
Avant la fin du jour devait être, ô misère!
Ou le lit de la fille, ou l'échafaud du père!
Ô Dieu! qui nous jugez! qu'avez-vous dit là-haut,
Quand vos regards ont vu, sur ce même échafaud,
Se vautrer, triste et louche, et sanglante, et souillée,
La luxure royale en clémence habillée?
Sire! en faisant cela, vous avez mal agi.
Que du sang d'un vieillard le pavé fût rougi,
C'était bien. Ce vieillard, peut-être respectable,
Le méritait, étant de ceux du connétable.
Mais que pour le vieillard vous ayez pris l'enfant,
Que vous ayez broyé sous un pied triomphant
La pauvre femme en pleurs, à s'effrayer trop prompte
C'est une chose impie, et dont vous rendrez compte!
Vous avez dépassé votre droit d'un grand pas.
Le père é ait à vous, mais la fille non pas.
Ah! vous m'avez fait grâce!—Ah! vous nommez la
chose
Une grâce! et je suis un ingrat, je suppose!
—Sire, au lieu d'abuser ma fille, bien plutôt
Que n'êtes-vous venu vous-même en mon cachot,
Je vous aurais crié:—Faites-moi mourir, grâce!
Oh! grâce pour ma fille, et grâce pour ma race!
Oh! faites-moi mourir! la tombe, et non l'affront!
Pas de tête plutôt qu'une souillure au front!
Oh! monseigneur le roi, puisqu'ainsi l'on vous nomme,
Croyez-vous qu'un chrétien, um comte, un
gentilhomme,
Soit moins décapité, répondez, monseigneur,
Quand au lieu de la tête il lui manque l'honneur?
—J'aurais dit cela, sire, et le soir, dans l'église,
Dans mon cercueil sanglant baisant ma barbe grise,
Ma Diane au cœur pur, ma fille au front sacré,
Honorée, eût prié pour son père honoré!
—Sire, je ne viens pas redemander ma fille.
Quand on n'a plus d'honneur, on n'a plus de famille.
Qu'elle vous aime ou non d'un amour insensé,
Je n'ai rien à reprendre où la honte a passé.
Gardez-la.—Seulement je me suis mis en tête
De venir vous troubler ainsi dans chaque fête,
Et jusqu'à ce qu'un père, un frère, ou quelque époux,
—La chose arrivera,—nous ait vengés de vous,
Pâle, à tous vos banquets, je reviendrai vous dire:
—Vous avez mal agi, vous avez mal fait, sire!—
Et vous m'écouterez, et votre front terni
Ne se relèvera que quand j'aurai fini.
Vous voudrez, pour forcer ma vengeance à se taire,
Me rendre au bourreau. Non. Vous ne l'oserez faire,
De peur que ce ne soit mon spectre qui demain

(Montrant sa tête)

Revienne vous parler,—cette tête à la main!