— Oh!... répond le petit Chose avec de grosses larmes brûlantes qui roulent sur ses joues.

— Daniel, tu vas venir avec moi, dit l’abbé.

Le petit Daniel fait signe que non et montre l’anneau de fer avec la cravate.... L’abbé Germane le prend par la main: “Voyons! monte dans ma chambre; si tu veux te tuer, eh bien! tu te tueras là-haut: il y à du feu, il fait bon.”

Mais le petit Chose résiste: “Laissez-moi mourir, monsieur l’abbé. Vous n’avez pas le droit de m’empêcher de mourir.” [92]

Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre: “Ah! c’est comme cela!” dit-il. Et prenant brusquement le petit Chose par la ceinture, il l’emporte sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses supplications....

Nous voici maintenant chez l’abbé Germane: un grand feu brille dans la cheminée; près du feu, il y a une table avec une lampe allumée, des pipes et des tas de papier chargés de pattes de mouche.

Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité, il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses malheurs et pourquoi il a voulu en finir. L’abbé l’écoute en souriant; puis, quand l’enfant a bien parlé, bien pleuré, bien dégonflé son pauvre cœur malade, le brave homme lui prend les mains et lui dit très tranquillement:

— Tout cela n’est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te mettre à mort pour si peu. Ton histoire est fort simple: on t’a chassé du collège,—ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi.... —eh bien! il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit jours.... Ton voyage, tes dettes, ne t’en inquiète pas! je m’en charge.... L’argent que tu voulais emprunter à ce coquin, c’est moi qui te le prêterai. Nous règlerons tout cela demain.... A présent plus un mot! j’ai besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.... Seulement je ne veux pas que tu retournes dans ton affreux dortoir: tu aurais froid, tu aurais peur; tu vas te coucher dans mon lit de beaux draps blancs de ce matin!... Moi, j’écrirai toute la nuit, et si le sommeil me prend, je m’étendrai sur le canapé.... Bonsoir! ne me parle plus. [93]

Le petit Chose se couche, il ne résiste pas.... Tout ce qui lui arrive lui fait l’effet d’un rêve. Que d’événements dans une journée! Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d’un bon lit, dans cette chambre tranquille et tiède!... Comme le petit Chose est bien!... De temps en temps, en ouvrant les yeux, il voit sous la clarté douce de l’abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa plume, à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches....

...Je fus réveillé le lendemain matin par l’abbé qui me frappait sur l’épaule. J’avais tout oublié en dormant.... Cala fit beaucoup rire mon sauveur.