‘A propos de mon hermitage dont Mʳ de Malsan vous a fait la description, il a voyagé avec Panurge, et a été chez Oui-dire tenant école de temoignerie, primo, ma petite maison ne subsiste pas, par consequence mon grand hôte ne pouvoit m’y honorer de sa presence.
‘2ᵒ. Elle ne sera pas si petite, ayant 89. pieds de façade, avec deux ailes de 45. pieds de long; le jardin est petit, assez grand cependant pour moy, et j’ay une clef pour entrer aux jardins de Sans-Soucy. Il y aura une belle salle avec une vestibule, et un cabinet assez grand pour y mettre un lit, tout a part des autres appartements, si d’Alembert venoit il pouvoit y loger et prendre les eaux, mais il est plus que probable que le Grand Hôte me disputeroit et emporteroit cet avantage. En attendant son arrivee, j’y logerais mon ancien ami Michel de Montagne, Arioste, Voltaire, Swift, et quelques autres.
‘Saul et David y seront aussi, quoyque j’aimerais mieux David F⸺i D⸺r—m, surtout en persone, car le Verbum j’ay, la Caro me manque. Je regrette bien de n’avoir pas sçu que Mᵉ de Boufflers étoit en hollande quand j’y ay passé, j’aurois été heureux de la connoitre, par tout le bien que tout le monde dit d’elle. Son ami et le mien Jean Jaques à été en chemin pour les eaux en Savoye.
‘Voltaire est un antichretien entousiaste, j’en ay connu plus d’un et qui plus est sans étre poête: je ne sais rien de son dictionaire que j’ay cherché ici inutilement, il viendra, toutes les choses nous vienent, un peu plus tard a la vérité par ou vous étes; mais la Société dont vous avez le bonheur de jouir ne nous viendra pas: comme je suis tres vieux, lourd, pesant, bon a rien, il ne faut que Placidam sub libertate Quietem; mon hôte, pour me la donner plus entierement, me batit ma maison; elle sera achevée en trois mois; meublée au printems: et j’y pourray loger Octobre 1765.
‘Faites moy envisager comme pas impossible que vous pourriez y venir, que je serois bien content, bon soir.
‘Mes respects a Madame Geauffrin.
‘Dites a d’Alembert que j’ay une vache pour lui donner de bon lait, cela le tentera plus que le cent mil roubles qu’on lui à offert. N’a pas bon lait qui veut, et vir sapiens non abhorrebit eam, come disoit Maitre Janotus de ses chausses....
‘d’Argens est parti hier chercher le soleil de Provence, avant que de se mettre en voyage, il se fit tâter le poux par son medecin a plusieures reprises, le priant toujours bien fort de le dire de bon foye s’il etoit en etat de faire le voyage, les chevaux étoient deja au carosse. Il dit qu’il reviendra, et n’en sait rien; le soleil ne le guerira pas de sa hipocondrie, il reviendra chercher le froid, s’il ne creve pas, ce qui est a craindre, son corps est trop delabré. Son frere, grand Jesuite, sa vieille mere, et les Jansenistes Provençeaux tout cela le genera, il soupirera aprés la liberté de philosopher a Sans-Soucy, quoiqu’il se plaint quand il y est; si on lui dit qu’il se porte bien surtout il se fache. Il seroit fort a souhaiter que votre plume fusse employée a nous instruire de la verité, au lieu des disputes sur l’I(l)e de la Tortuga, que je crois l’occupe un pen a présent, mais si vous ne vous mettez pas a écrire de votre proprement mouvement, et non pas par complesance pour un autre, ne faites rien; il faut y étre tout entier.
‘Le Chevalier Stuart m’a parlé des decouvertes par le Microscope, par un certain Needham, prêtre, j’ay cherché inutilement cette brochure. Voici le fait come le chevalier Stuart me l’a dit. Il prit un gigot de mouton, le fit rotir presqu’a brûler, pour detruire les animalcules ou leur œufs qui pouvoient y étre: il en pris le jus, le mit dans une bouteille bien bouchée, le fit cuire des heures dans l’eau bouillante, pour detruire toute animalcule ou œuf que pouvoit si étre introduite par l’air en mettant le jus dans la bouteille: au bout de quelque tems le jus fermenta, et produisit des animalcules.