Chœur de Jeunes Filles. Paresseuse fille Qui sommeille encor! Déjà le jour brille Sous son manteau d'or. Déjà l'oiseau chante Ses folles chansons; L'aube caressante Sourit aux moissons; Le ruisseau murmure, La fleur s'ouvre au jour, Toute la nature S'éveille à l'amour!
Faust. Vains échos de la joie humaine, Passez, passez votre chemin!... O coupe des aïeux, qui tant fois fus pleine, Pourquoi trembles-tu dans ma main?... (Il porte de nouveau la coupe à ses lèvres.)
Chœur des Laboureurs (dehors). Aux champs l'aurore nous rappelle; Le temps est beau, la terre est belle; Béni soit Dieu! A peine voit-on l'hirondelle, Qui vole et plonge d'un coup d'aile Dans le profondeur du ciel bleu!
Jeunes Filles et Labs. Béni soit Dieu!
Faust. (reposant la coupe) Dieu! (Il se laisse retomber dans son fauteuil.) Mais ce Dieu, que peut-il pour moi! (Se levant.) Me rendra-t'il l'amour, l'espérance et la foi? (Avec rage.) Maudites soyez-vous, ô voluptés humaines! Maudites soient les chaînes Qui me font ramper ici-bas! Maudit soit tout ce qui nous leurre, Vain espoir qui passe avec l'heure, Rêves d'amour ou de combats! Maudit soit le bonheur, maudites la science, La prière et la foi! Maudite sois-tu, patience! A moi, Satan! à moi!
SCÈNE II.
Faust, Mephistopheles.
Mep. (apparaissant). Me voici!... D'où vient ta surprise! Ne suis-je pas mis à ta guise? L'épée au côté, la plume au chapeau, L'escarcelle pleine, un riche manteau Sur l'épaule;—en somme Un vrai gentilhomme! Eh bien! que me veux-tu, docteur! Parle, voyons!...—Te fais-je peur?