Une coupe en or ciselé!..." (S'interrompant.) Il avait bonne grâce, à ce qu'il m'a semble. (Reprenant sa chanson.)
"Nul trésor n'avait plus de charmes! Dans les grands jours il s'en servait, Et chaque fois qu'il y buvait, Ses yeux se remplissaient de larmes!..."
II. (Elle se lève et fait quelques pas.) "Quand il sentit venir la mort, Entendu sur sa froide couche, Pour la porter jusqu'à sa bouche Sa main fit un suprême effort!..."
(S'interrompant.) Je ne savais que dire, et j'ai rougi d'abord. (Reprenant sa chanson.)
"Et puis, en l'honneur de sa dame, Il but un dernière fois; La coupe trembla dans ses doigts, Et doucement il rendit l'âme!" Les grands seigneurs ont seuls des airs si résolus, Avec cette douceur. (Elle se dirige vers le pavillon.) Allons! n'y pensons plus! Cher Valentin, si Dieu m'écoute, Je te reverrai!... me voilà Toute seule!...
(Au moment d'entrer dans la pavillon, elle aperçoit la bouquet suspendu à la porte.)
Un bouquet! (Elle prend le bouquet.) C'est de Siebel, sans doute! Pauvre garçon! (Apercevant la cassette.) Que vois-je là? D'où ce riche coffret peut-il venir?... Je n'ose Y toucher, et pourtant ...—Voici la clef, je crois!... Si je l'ouvrais!... ma main tremble!... Pourquoi! Je ne fais, en l'ouvrant, rien de mal, je suppose!... (Elle ouvre la cassette et laisse tomber le bouquet.) O Dieu! que de bijoux!... est-ce un rêve charmant Qui m'éblouit, ou si je veille!— Mes yeux n'ont jamais vu de richesse pareille!... (Elle place la cassette tout ouverte sur une chaise et s'agenouille pour se parer.) Si j'osais seulement Me parer un moment De ces pendants d'oreille! (Elle tire des boucles d'oreilles de la cassette.) Voici tout justement, Au fond de la cassette, Un miroir!... comment N'être pas coquette? (Elle se pare des boucles d'oreilles, se lève et se regarde dans le miroir.) Ah! je ris de me voir Si belle en ce miroir!... Est-ce toi, Marguerite? Réponds-moi, réponds vite!— Non! non!—ce n'est plus toi! Ce n'est plus ton visage! C'est la fille d'un roi, Qu'on salue au passage! Ah! s'il était ici! S'il me voyait ainsi!... Comme une demoiselle Il me trouverait belle!... Achevons la métamorphose! Il me tarde encor d'essayer Le bracelet et le collier. (Elle se pare du collier d'abord, puis du bracelet.—Se levant.) Dieu! c'est comme une main qui sur mon bras se pose! Ah! je ris de me voir Si belle en ce miroir! Est-ce toi, Marguerite? Réponds-moi, réponds vite!— Non! non!—ce n'est plus toi! Ce n'est plus ton visage! C'est la fille d'un roi, Qu'on salue au passage!... Ah! s'il était ici! S'il me voyait ainsi!... Comme une demoiselle Il me trouverait belle!... Ah! s'il était ici!...