EN VERS
PAR Mr. PERRAULT,
De l'Academie Françoise.
TABLE.
| [Préface] | p. 77 |
| [Peau d'Asne], Conte | p. 83 |
| [Les Souhaits Ridicules], Conte | p. 107 |
| [Griselidis], Nouvelle | p. 113 |
La manière dont le public a reçu les pièces de ce recueil, à mesure qu'elles lui ont été données séparément, est une espèce d'assurance qu'elles ne lui déplairont pas, en paroissant toutes ensemble. Il est vrai que quelques personnes, qui affectent de paroître graves, et qui ont assez d'esprit pour voir que ce sont des contes faits à plaisir, et que la matière n'en est pas fort importante, les ont regardées avec mépris; mais on a eu la satisfaction de voir que les gens de bon goût n'en ont pas jugé de la sorte.
Ils ont éte bien aises de remarquer que ces bagatelles n'étoient pas de pures bagatelles, qu'elles renfermoient une morale utile, et que le récit enjoué dont elles étoient enveloppées n'avoit été choisi que pour les faire entrer plus agréablement dans l'esprit et d'une manière qui instruisît et divertît tout ensemble. Cela devoit me suffire pour ne pas craindre le reproche de m'être amusé à des choses frivoles. Mais, comme j'ai affaire à bien des gens qui ne se payent pas de raisons, et qui ne peuvent être touchés que par l'autorité et par l'exemple des anciens, je vais les satisfaire là-dessus.
Les fables milésiennes, si célèbres parmi les Grecs, et qui ont fait les délices d'Athènes et de Rome, n'étoient pas d'une autre espèce que les fables de ce recueil. L'histoire de la Matrone d'Ephèse est de la même nature que celle de Griselidis: ce sont l'une et l'autre des Nouvelles, c'est-à-dire des récits de choses qui peuvent être arrivées et qui n'ont rien qui blesse absolument la vraisemblance. La fable de Psyché, écrite par Lucien et par Apulée, est une fiction toute pure et un conte de vieille, comme celui de Peau d'Ane. Aussi voyons-nous qu'Apulée le fait raconter, par une vieille femme, à une jeune fille que des voleurs avoient enlevée, de même que celui de Peau d'Ane est conté tous les jours à des enfants par leurs gouvernantes et par leurs grand'mères. La fable du laboureur qui obtint de Jupiter le pouvoir de faire, comme il lui plairoit, la pluie et le beau temps, et qui en usa de telle sorte qu'il ne recueillit que de la paille sans aucuns grains, parce qu'il n'avoit jamais demandé ni vent, ni froid, ni neige, ni aucun temps semblable, chose nécessaire cependant pour faire fructifier les plantes; cette fable, dis-je, est de même genre que le conte des Souhaits ridicules, si ce n'est que l'un est sérieux et l'autre comique; mais tous les deux vont à dire que les hommes ne connoissent pas ce qui leur convient, et sont plus heureuz d'être conduits par la Providence, que si toutes choses leur succédoient selon qu'ils le désirent.
Je ne crois pas qu'ayant devant moi de si beaux modèles, dans la plus sage et la plus docte antiquité, on soit en droit de me faire aucun reproche. Je prétends même que mes fables méritent mieux d'être racontées que la plupart des contes anciens, et particulièrement celui de la Matrone d'Ephèse et celui de Psyché, si on les regarde du côté de la morale, chose principale dans toutes sortes de fables, et pour laquelle elles doivent avoir été faites. Toute la moralité qu'on peut tirer de la Matrone d'Ephèse est que souvent les femmes qui semblent les plus vertueuses le sont le moins, et qu'ainsi il n'y en a presque point qui le soient véritablement.