LA PRINCESSE

Non! pour faire sa cour au Régent, dont il s’efforçait de devenir la copie exacte et fidèle: il s’est appliqué, comme lui, à la chimie; il a, comme lui, un laboratoire dans ses appartements; que sais-je? il souffle et il cuit toute la journée; il est en correspondance réglée avec Voltaire, dont il se dit l’élève. Ce n’est plus le bourgeois gentilhomme, c’est le gentilhomme bourgeois qui prend un maître de philosophie... toujours pour ressembler au Régent... Et vous comprenez que, voulant pousser l’imitation aussi loin que possible, il n’avait garde d’oublier la galanterie de son héros... Ce qui ne me contrariait pas excessivement... Une femme a toujours plus de temps à elle... quand son mari est occupé... Et pour que le mien, même infidèle, restât dans ma dépendance, j’ai pardonné à la Duclos, qui ne fait rien que par mes ordres et me tient au fait de tout... Ma protection est à ce prix, et vous voyez que je tiens parole!

L’ABBÉ

C’est admirable!... Mais qu’y gagnez-vous, princesse?

LA PRINCESSE

Ce que j’y gagne?... C’est que mon mari, craignant d’être découvert, tremble devant la petite-fille de Sobieski, dès qu’elle a un soupçon... et j’en ai quand je veux... Ce que j’y gagne? c’est qu’autrefois il était très-avare, et que maintenant il ne me refuse rien! Commencez-vous à comprendre?

L’ABBÉ

Oui!... oui... c’est une infidélité d’une haute portée et d’un grand rapport!

LA PRINCESSE

Le monde peut donc me plaindre et gémir de ma position, je m’y résigne, et si vous n’avez, cher abbé, rien autre chose à m’apprendre...