C’est justement pour cela que je ne veux pas vous la nommer. (D’un ton conciliant.) Mais au lieu d’emportement et de menaces, pourquoi ne pas se parler de franche amitié? pourquoi surtout ne pas se dire loyalement la vérité? Jamais je n’ai vu de femme plus aimable que vous, plus séduisante, plus irrésistible, et pourquoi? C’est que vos chaînes ne semblaient tressées que de fleurs, c’est que gracieuses et légères, elles retenaient un heureux et non pas un captif... c’est que toujours prête à les briser, votre main coquette ne craignait pas d’en détacher parfois quelques feuilles.
LA PRINCESSE
Maurice!
MAURICE
J’ai juré de tout dire. C’est sous l’empire d’un pareil traité, que le plaisir un jour nous a souri, car ni vous ni moi n’avions pris au sérieux un semblable sentiment, et nos liens volontaires ont eu d’autant plus de durée que chacun de nous s’était réservé le droit de les rompre; le reproche est donc injuste; où il n’y eut point de serment, il n’y a point de parjure. (Avec chaleur.) Il y en aurait, si je manquais à l’amitié et à la reconnaissance que je vous ai vouées. De ce côté-là, j’en jure par l’honneur, je me crois engagé. Pour le reste, je suis libre.
LA PRINCESSE
Pas de me trahir, perfide!
MAURICE
Ah! prenez garde, princesse, je finis toujours par conquérir les libertés que l’on me conteste.
LA PRINCESSE