Maurice! mon héros, mon Dieu, vous que j’avais deviné!...
MAURICE, lui faisant signe de se taire
Silence!... (A part, regardant à droite.) Ah! quel dommage que l’autre soit là. (A demi-voix.) Ce mystère qui cachait notre bonheur est plus que jamais nécessaire.
ADRIENNE, vivement
Ne craignez rien! mon amour est si grand, que l’orgueil lui-même n’y peut rien ajouter. Ne parlait-on pas d’une entreprise nouvelle? de Moscovites que vous vouliez battre? d’un duché de Courlande que vous vouliez conquérir à vous tout seul? Bien, Maurice, bien! je comprends qu’au milieu des grands intérêts qui s’agitent, auprès des graves conseillers ou des vieux ministres qu’il vous faut gagner, l’amour d’une pauvre fille comme moi puisse vous faire du tort.
MAURICE, vivement
Non, non, jamais!
ADRIENNE
Je me tairai, je me tairai. (Montrant son cœur.) Je renfermerai là mon ivresse et ma fierté; je ne me vanterai pas de votre amour et de votre gloire; je ne vous admirerai que tout haut, comme tout le monde! Ils célébreront vos exploits, mais vous me les raconterez, à moi! ils diront vos titres, vos grandeurs, et vous me direz vos peines! Ces ennemis que font naître les succès, ces haines jalouses qui s’attaquent aux héros, comme à nous autres artistes, vous me confierez tout; je vous consolerai, je vous dirai: Courage, marchez au but qui vous attend! Donnez à la France une gloire qu’elle vous rendra! donnez-leur à tous vos talents et votre génie; je ne te demande, moi, que ton amour!
MAURICE, la pressant contre son cœur