(Elle sort par le fond.)

SCÈNE V

MICHONNET, seul, allant reprendre son chapeau qu’il avait posé pendant la première scène sur l’un des fauteuils à gauche

Ah! elle n’a que trop raison de compter sur moi, qui suis encore plus insensé qu’elle... Car après tout, elle donne sa fortune pour un amant, c’est tout simple!... mais moi, la mienne pour un rival!... (Soupirant.) Enfin, elle le veut, cela lui fait plaisir... alors, à moi aussi!... Mais, ce qu’elle ne trouverait pas dans le grand Corneille lui-même, ce qui est le sublime de l’absurde, c’est que je souffre de sa peine... à elle! c’est que je suis tenté de lui en vouloir... à lui... de ce qu’il ne l’aime pas, et je serais furieux s’il l’aimait! (Apercevant la princesse qui sort de l’appartement à droite.) Dieu! une belle dame!... la maîtresse de la maison, sans doute. (La saluant sans que la princesse le voie.) Elle ne me voit pas, et je puis sortir, je crois, sans que cela la dérange... Allons remplir mon message, et porter notre argent à la Russie.

(Il sort par le fond.)

SCÈNE VI

La Princesse, seule, puis l’Abbé, sortant de la porte à gauche

LA PRINCESSE, à part et rêvant

Que Maurice coure la rejoindre, je l’en défie! Et quant à briser mes chaînes, il doit voir à présent que cela n’est pas si facile... La seule chose qui m’inquiète, c’est ce bracelet, donné hier par mon mari et perdu dans ma fuite... à quel moment?... sans doute en montant dans ce carrosse de louage qu’il m’a fallu prendre! Après tout! personne ne sait que ce bracelet m’appartient... quelques diamants de moins, cela regarde M. de Bouillon. L’essentiel, l’important pour moi, c’est de connaître cette femme qui exerce sur lui un tel empire... «Celle à qui il confie tout...» Et quand je pense que j’ai tenu ce secret, mieux encore! cette rivale entre mes mains... et que tout m’est échappé, grâce à mon mari, dont le flambeau est venu tout embrouiller... La science n’en fait jamais d’autres... avec ses lumières!... Aussi je lui en veux, et vienne l’occasion!... (Apercevant l’abbé et d’un air gracieux.) Eh! c’est vous, l’abbé.

L’ABBÉ, sortant de la porte à gauche