Donner à l’humble artiste l’occasion d’étudier ce ton exquis, ces manières élégantes que vous seules possédez...
LA PRINCESSE, de même
Qu’entends-je?... cette voix...
ADRIENNE
Aussi je vais bien regarder... pour tâcher de copier fidèlement... certaine de réussir, pour peu que je sois ressemblante.
LA PRINCESSE
Plus je l’entends, plus il me semble... Non, non, ce n’est pas possible, c’est un rêve!... ce n’est pas à mon oreille, c’est dans mon imagination seule que retentit et vibre encore ce son de voix qui me poursuit toujours. (Athénaïs et les autres dames se sont emparées d’Adrienne, la font asseoir auprès d’elles et causent avec elle à voix basse pendant que le prince et les autres seigneurs entourent son fauteuil. La princesse souriant avec ironie.) Quelle idée... en effet, que cette rivale qu’il me préfère soit une femme de théâtre... une comédienne... Et pourquoi non?... n’ont-elles point un charme, un prestige qui n’appartient qu’à elles, le talent et la gloire qui enivrent et ajoutent à la beauté? (Regardant Adrienne que tous les seigneurs entourent.) Dans ce moment encore ne sont-ils pas là tous à l’admirer, à l’adorer?... Pourquoi n’aurait-il pas fait comme eux? Ah! ce doute est insupportable... et je veux à tout prix confirmer ou détruire mes soupçons. (Se retournant vers le prince qui vient de quitter le fauteuil d’Adrienne et qui s’approche d’elle.) Eh bien! ne commençons-nous pas?
(Adrienne se lève en signe d’assentiment et passe à droite près de Michonnet.)
LE PRINCE
Il nous faut attendre le comte de Saxe, puisqu’on assure qu’il viendra.