Écoutons...
(Tout le monde est rangé à droite. Michonnet, assis à gauche, a tiré plusieurs brochures de sa poche; il prend celle de Phèdre, et s’apprête à souffler. Adrienne est seule debout au milieu du théâtre.)
ADRIENNE, récitant avec une agitation et une fièvre toujours croissantes, les yeux fixés sur la princesse, qui se penche plusieurs fois sur l’épaule de Maurice et lui parle bas avec affectation
... Juste ciel! qu’ai-je fait aujourd’hui?
Mon époux va paraître, et son fils avec lui.
Je verrai le témoin de ma flamme adultère
Observer de quel front j’ose aborder son père!
Le cœur gros de soupirs qu’il n’a point écoutés,
(Regardant Maurice.)
L’œil humide de pleurs par l’ingrat rebutés.
Penses-tu que, sensible à l’honneur de Thésée,
Il lui cache l’ardeur dont je suis embrasée?
Laissera-t-il trahir et son père et son roi?
Pourra-t-il contenir l’horreur qu’il a pour moi?
(Regardant Maurice, qui vient de ramasser l’éventail que la princesse avait laissé tomber, et qui le lui remet d’un air galant.)
Il se tairait en vain! je sais mes perfidies,
Œnone, et ne suis point de ces femmes hardies...
(Hors d’elle-même et s’avançant vers la princesse.)