ATHÉNAÏS

Je ne manque pas une de ses représentations... mais je ne l’ai jamais vue de près... On assure qu’elle apporte dans le choix de ses ajustements un goût particulier qui lui sied à merveille... puis des manières si nobles, si distinguées.

LE PRINCE

M. de Bourbon disait d’elle l’autre jour qu’il avait cru voir une reine au milieu de comédiens.

LA PRINCESSE

Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable... C’est à cela que je faisais allusion dans mon invitation... et voici sa réponse: (Lisant la lettre.) «Madame la princesse, si j’ai eu l’imprudence de dire devant M. d’Argental que l’avantage des princesses de théâtre sur les véritables, c’est que nous ne jouions la comédie que le soir, tandis qu’elles la jouaient toute la journée, il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu bon mot... et moi un plus grand encore de l’avoir dit, même en riant; vous me le prouvez, madame, par la franchise et la gracieuseté de votre lettre. Elle est si digne, si charmante, elle sent tellement sa véritable princesse, que je l’ai gardée devant moi sur mon bureau, pour placer la vérité à côté de la fable. J’avais juré de ne plus aller réciter de vers dans le monde; ma santé est faible, et cela ajoute beaucoup à mes fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une pauvre fille comme moi, de vous refuser? vous me croiriez fière!... Et si je le suis, madame, c’est de vous prouver à quel point j’ai l’honneur d’être votre humble et obéissante servante.

«Adrienne.»

ATHÉNAÏS

Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense, n’en écrirait de mieux tournées... (Prenant la lettre.) puis-je la garder? Je ne m’étonne plus de la passion de ce pauvre petit d’Argental... le fils!

L’ABBÉ