Brûlé! je croyais que tu nous avais tous deux repoussés et dédaignés... il était comme moi, il ne pouvait plus vivre!

MAURICE, avec tendresse

Adrienne! mais ta main tremble... tu souffres beaucoup...

ADRIENNE

Non, non, plus maintenant. (Montrant son cœur.) La douleur n’est plus là... (Portant la main à sa tête.) mais là... C’est singulier, c’est bizarre... mille objets divers et fantastiques passant devant moi... se succèdent confusément et sans ordre... (A Maurice.) Où étions-nous? qu’est-ce que je te disais? je ne sais plus... Il me semble que mon imagination s’égare... et que ma raison, que je cherche à retenir, va m’abandonner... (Vivement.) Je ne le veux pas... en la perdant, je perdrais mon bonheur... Oh! non... non... je ne le veux pas! pour lui d’abord, pour Maurice, et puis pour ce soir... On vient d’ouvrir, et la salle est déjà pleine! Je conçois leur curiosité et leur impatience; on leur promet depuis si longtemps la Psyché du grand Corneille!... oh! oui, depuis longtemps... depuis les premiers jours où je vis Maurice... On ne voulait pas remonter l’ouvrage... C’est trop vieux, disait-on... mais, moi, j’y tenais... j’avais une idée... Maurice ne m’a pas encore dit: Je vous aime! ni moi non plus... je n’ose pas... et il y a là certains vers que je serais si heureuse de lui adresser, à lui, devant tout le monde sans que personne s’en doute...

MAURICE

Mon amie, ma bien-aimée, reviens à toi!

ADRIENNE

Tais-toi donc!... il faut que j’entre en scène. Oh! quelle nombreuse, quelle brillante assemblée! Comme tous ces regards tournés vers moi suivent chacun de mes mouvements!... Ils sont bons, de m’aimer ainsi... Ah! il est dans sa loge... c’est lui... il me sourit... (Murmurant entre ses lèvres.) Bonjour, Maurice... A toi, Psyché, voici ta réplique.

Ne les détournez pas, ces yeux qui me déchirent,
Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux,
Qui semblent partager le trouble qu’ils m’inspirent.
Hélas! plus ils sont dangereux,
Plus je me plais à m’attacher sur eux!
Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre,
Vous dis-je plus que je ne dois?
Moi, de qui la pudeur devrait du moins attendre
Que l’amour m’expliquât le trouble où je vous vois;
Vous soupirez, seigneur, ainsi que je soupire;
Vos sens, comme les miens, paraissent interdits.
C’est à moi de m’en taire, à vous de me le dire,
Et cependant c’est moi qui vous le dis!