LÉONIE. Vraiment?... c'est peut-être pour cela que l'autre jour il est devenu tout pâle quand la barque a manqué chavirer[[20]] sur la pièce d'eau!

LA COMTESSE, riant. A merveille!... vous allez voir qu'il est à la fois brave et poltron!

LÉONIE. Je le lui demanderai.

LA COMTESSE. Y penses-tu?

LÉONIE. Aujourd'hui, en dansant avec lui, car nous avons un bal et un concert pour votre fête[[21]] ... et j'ai déjà pensé à votre coiffure, un azaléa superbe que j'ai vu dans la serre et qui vous ira[[22]] à merveille!

LA COMTESSE. Coquette pour ton compte ... je le concevrais! mais pour ta tante!...

LÉONIE. C'est tout naturel!... vous c'est moi! tellement que quand on fait votre éloge, ce qui arrive souvent, je suis tentée de remercier.... (Se mettant à genoux près du canapé à droite où est assise la comtesse.) Aussi jugez de ma joie, quand ma mère m'a permis de venir passer un mois ici, auprès de vous.... Il me semblait que rien qu'en vous regardant, j'allais devenir parfaite.... Vous souriez ... est-ce que j'ai mal parlé?...

LA COMTESSE. Non, chère fille, car c'est ton coeur qui parle.... Si je souris, c'est de tes illusions! c'est de ta candeur à me dire: Je vous admire!

LÉONIE. C'est si vrai! A la maison l'on me raille parfois et l'on répète sans cesse: Oh! quand Léonie a dit.... Ma tante, elle a tout dit! On a raison ... la mode que vous adoptez, la robe que je vous[[23]] vois, me semblent toujours plus belles qu'aucune autre.... On dit même, vous ne savez pas, ma tante? on dit que j'imite votre démarche et vos gestes ... c'est bien sans le savoir. Et quand vous m'embrassez en m'appelant: Ma chère fille! je suis presque aussi heureuse que si j'entendais ma mère!

LA COMTESSE, l'embrassant. Prends garde!... prends garde ... il ne faut pas me gâter ainsi ... j'aurai trop de chagrin de te voir partir.... Ce sera ma jeunesse qui s'en ira!