LÉONIE. Mais ... c'est qu'il chante très bien! voilà ce qui me révolte!

LA COMTESSE. Ah!... ah!... conte-moi donc cela!

LÉONIE. Hier, je me promenais dans le parc. En arrivant derrière la haie du bois des Chevreuils, j'entends une voix qui chantait les premières mesures d'un air de Cimarosa,[[29]] mais une voix charmante, une méthode pleine de goût.... Je m'approche ... c'était monsieur Charles!

LA COMTESSE. En vérité!

LÉONIE, avec dépit. Vous riez, ma tante; eh bien! moi, cela m'indigne ... je ne sais pas pourquoi, mais cela m'indigne! Comment distinguera-t-on un homme bien né[[30]] d'un valet de chambre, s'ils sont tous deux élégants de figure, de manières ... car, remarquez, ma tante, qu'il est tout à fait bien de sa personne,[[31]] et lorsqu'à table il vous sert, qu'il vous offre un fruit, c'est avec un choix de termes, un accent de bonne compagnie[[32]] qui me mettent hors de moi[[33]] ... parce qu'il y a de l'impertinence à lui à s'exprimer aussi bien que ses maîtres! cela nous déconsidère,[[34]] cela nous.... (Avec impatience.) Enfin, ma tante, je ne sais comment vous exprimer ce que je ressens, mais moi, qui suis bienveillante pour tout le monde, j'éprouve pour cet insolent valet une antipathie qui va jusqu'à l'aversion, et si j'étais maîtresse ici, bien certainement il n'y resterait pas!

LA COMTESSE, gaiement. Là ... là ... calmons-nous! avant de le chasser, il faut permettre qu'il s'explique, ce garçon.... (Elle sonne.)

LÉONIE. Est-ce pour lui que vous-sonnez, ma tante?

LA COMTESSE. Précisément!... (A un domestique qui entre.) Charles est-il là?

LE DOMESTIQUE. Oui, madame la comtesse.

LA COMTESSE. Qu'il vienne!... (Le domestique sort.)