LÉONIE. Se perdre, parce qu'il m'a confié son secret!
LA COMTESSE. Qui me dit que tu sauras le garder?
LÉONIE. Vous croyez mon coeur capable de le trahir!...
LA COMTESSE. Le trahir! Dieu me garde d'un tel soupçon!... mais c'est ta bonté même, ce sont tes craintes qui te trahiront.
LÉONIE, avec élan. Ah! ne redoutez rien ... je serai forte ... il s'agit de lui!
LA COMTESSE, vivement. De lui!
LÉONIE, avec abandon.[[68]] Pardonnez-moi! Je ne puis vous cacher ce qui se passe dans mon âme.... Mais pourquoi vous le cacher, à vous? Eh bien! oui, une force, une joie ineffable remplissent mon coeur tout entier.... J'étais si malheureuse depuis quinze jours,[[69]] je ne pouvais m'expliquer à moi-même ce que je ressentais ... ou plutôt je ne l'osais pas: c'était de la honte, de la colère, je me sentais entraînée vers un abîme, et cependant j'y tombais avec joie.
LA COMTESSE, avec anxiété. Que veux-tu dire?
LÉONIE. Je comprends tout, maintenant. Si j'étais aussi indignée contre lui ... et contre moi, ma tante, c'est que je l'aimais!
LA COMTESSE, avec explosion. Vous l'aimez!