HENRI. Je l'ignore, mon général, mais il est accompagné du nouveau préfet, le terrible baron de Montrichard....
LÉONIE, éperdue. Terrible!... oh! je meurs d'épouvante!
LA COMTESSE, passant près d'elle. Mais ne pleure donc pas ainsi, malheureuse enfant!
LÉONIE. Je ne peux m'en défendre![[110]]
LA COMTESSE. Eh! crois-tu donc que la frayeur ne m'oppresse pas comme toi? mais je pense à lui, et ma douleur même me donne du courage....
HENRI, à la comtesse qui remonte vers le fond. Qu'elle est belle![[111]]
LÉONIE, essuyant ses yeux, mais pleurant toujours. Oui, ma tante ... oui!... je vais essayer....
HENRI, à Léonie. Qu'elle est touchante!... Ah! mon danger, je te bénis!... (A la comtesse.) Fâchez-vous ... accusez-moi ... je dirai toujours ... ô mon danger, je te bénis!... Sans lui, vous verrais-je toutes deux à mes côtés, me plaignant, me défendant ... Ah! vienne[[112]] la sentence elle-même ... je ne la regretterai pas ... puisque, grâce à elle, je puis vous inspirer.... (A Léonie) à vous, tant de terreur ... (A la comtesse.) à vous, tant de courage!
LA COMTESSE. Vous êtes insupportable avec vos madrigaux[[113]].... pensons au baron.... S'il ose venir ici, c'est qu'il sait tout ... c'est qu'on nous a trahis....
HENRI, avec insouciance. Eh! qui donc?... est-ce que ma tête est mise à prix? est-ce que ma capture vaut une trahison?