MONTRICHARD. Précisément ... vous concevez mon embarras ... pour lui dire d'abord, que je la soupçonne, puis, que je viens faire chez elle une invasion domiciliaire ... et, ma foi, madame, je vous l'avouerai ... j'ai compté sur vous pour la prévenir.

LA COMTESSE, éclatant de rire. Ah! la bonne folie!... Ainsi, vous croyez que moi!... je recèle un conspirateur....

MONTRICHARD. Hélas!... je ne le crois pas; j'en suis sûr!

LA COMTESSE. Et c'est pour cela que vous avez amené tout cet attirail de dragons? que vous avez déployé ce luxe de gendarmerie?

MONTRICHARD. Mon dieu, oui! et je ne m'éloignerai qu'après avoir arrêté l'ennemi du roi ... il faut bien que je vous prouve ma reconnaissance, comtesse....

LA COMTESSE, changeant de ton. Eh bien ... moi, monsieur le baron, je vous prouverai comment une femme offensée se venge!

10 MONTRICHARD. Vous venger....

LA COMTESSE. D'un procédé inqualifiable ... d'une sanglante[[126]] injure pour une fervente royaliste comme moi.... (Allant au canapé.) Veuillez-vous asseoir, baron ... asseyez-vous ... et écoutez-moi!...

HENRI, se rapprochant pour écouter, et à part. Qu'est-ce qu'elle va lui dire?

LA COMTESSE, à Henri. Qu'est-ce que vous faites là?... vous écoutez, je crois ... achevez donc votre service![[127]] ... (A Montrichard.) Vous rappelez-vous, monsieur le baron, qu'il y a, hélas!... dix-huit ans,[[128]] un jeune magistrat plein de talent et de zèle fut envoyé au château de Kermadio, pour y arrêter trois chefs vendéens....