VII. A. The account of this case, given by Mr. E. Mamtchitch, is taken from the "Report on the Census of Hallucinations" in the Proceedings S.P.R., vol. x. pp. 387-91.
St. Petersburg, April 29th, 1891.
Comme il s'agira des apparitions de Palladia, je dois dire auparavant quelques mots sur sa personne. Elle était la fille d'un riche propriétaire russe, mort un mois avant sa naissance. Sa mère, dans son désespoir, voua son enfant futur au couvent. De là son nom, usité parmi les religieuses. Deux ans après, sa mère mourut, et l'orpheline, jusqu'à l'âge de 14 ans, fut élevée dans un couvent de Moscou par sa tante, qui en était la supérieure.
En 1870, étant encore étudiant à l'université de Moscou, je fis la connaissance du frère de Palladia, étudiant comme moi, et il fut souvent question entre nous de rendre à la société la nonne malgré soi; mais ce plan ne fut réalisé qu'en 1872. J'étais venu en été à Moscou, pour voir l'exposition, et j'y rencontrai par hasard le frère de Palladia. J'appris qu'il était en train de l'envoyer en Crimée pour cause de santé, et je le secondai de mon mieux. C'est alors que je vis Palladia pour la première fois; elle avait 14 ans; quoique haute de taille, elle était fort chétive et déjà poitrinaire. A la prière de son frère, j'accompagnai Palladia et sa sœur, Mme. P. S., en Crimée, où elles restèrent pour passer l'hiver et moi, deux semaines après, je revins à Kieff.
En été 1873 je rencontrai par hasard Palladia et sa sœur à Odessa, où elles étaient venues pour consulter les médecins, quoique Palladia avait l'air de se porter assez bien. Le 27 Août, pendant que je faisais la lecture aux deux dames, Palladia mourut subitement d'un anévrisme, à l'âge de 15 ans.
Deux ans après la mort de Palladia, en 1875, me trouvant à Kieff, il m'arriva, par une soirée du mois de Décembre, d'assister pour la première fois à une séance spiritique; j'entendis des coups dans la table; cela ne m'étonna nullement, car j'était sûr que c'était une plaisanterie. De retour chez moi, je voulus voir si les mêmes coups se produiraient chez moi; je me mis dans la même pose, les mains sur la table. Bientôt des coups se firent entendre. Imitant le procédé dont j'avais été le témoin, je commençai à réciter l'alphabet; le nom de Palladia me fut indiqué. Je fus étonné, presque effrayé; ne pouvant me tranquilliser, je me mis de nouveau à la table, et je demandai à Palladia, qu'avait-elle à me dire? La réponse fut: "Replacer l'ange, il tombe." Je ne compris pas de suite de quoi il s'agissait. Le fait est qu'elle est enterrée à Kieff, et j'avais entendu dire qu'on voulait mettre un monument sur sa tombe, mais je n'y avais jamais été, et je ne savais pas de quel genre était le monument. Après cette réponse, je ne me couchai plus, et dès que le jour parut je me rendis au cimetière. Non sans peine, avec l'aide du gardien, je découvris enfin la tombe enfouie sous la neige. Je m'arrêtai stupéfié: la statue en marbre de l'ange avec une croix était tout à fait de côté.
Depuis ce moment, il me fut prouvé à l'évidence qu'il y a un autre monde avec lequel, je ne sais comment, nous pouvons entrer en rapport, et dont les habitants peuvent nous donner de telles preuves de leur existence qu'elles désarment le scepticisme le plus tenace.
En Octobre, 1876, je me trouvais à Kieff, et j'étais en train de m'installer dans un nouveau logement (rue Prorésnaya) avec mon camarade de service au Ministère de la Justice, M. Potolof. On venait de m'apporter un pianino. Il fut placé dans la salle, et je me mis à jouer; il était à peu près 8 h. du soir; la salle où je jouais était éclairée par une lampe pendue au mur. A côté se trouvait mon cabinet de travail, éclairé aussi par une lampe. Je me rappelle très bien que j'étais de fort bonne humeur. Mon camarade, M. Potolof, était occupé à sa table, à l'autre bout du logis. Toutes les portes étaient ouvertes, et de sa place il pouvait voir très bien le cabinet et la salle où je jouais.[225] Jetant un regard vers la porte de mon cabinet de travail, je vis tout à coup Palladia. Elle se tenait au milieu de la porte, un peu de côté, avec le visage tourné vers moi. Elle me regardait tranquillement. Elle avait la même robe foncée qu'elle portait lorsqu'elle mourut en ma présence. Sa main droite pendait librement. Je voyais distinctement ses épaules et sa taille, mais ne me rappelle pas du bas de son habit, et avais-je vu les pieds?—peut-être, parce que tout le temps je lui regardais dans les yeux. En la voyant, j'avais tout à fait oublié que je voyais devant moi non une personne vivante, mais morte, tellement je la voyais distinctement; elle était éclairée de deux côtés; et d'autant plus j'ai la vue très bonne. Ma première sensation fut un frisson dans le dos. Je fus comme pétrifié et ma respiration fut suspendue; mais ce n'était pas un effet causé par le frayeur ou l'excitation,—c'était quelque chose d'autre. Je puis comparer cela à la sensation que j'éprouve quand je regarde en bas d'une grande hauteur; je sens alors une terrible anxiété et en même temps je ne puis me retenir de regarder, quelque chose m'attire invinciblement. Combien de temps Palladia resta devant moi, je ne saurais le dire, mais je me rappelle qu'elle fit un mouvement à droite et disparut derrière la porte du cabinet du travail. Je me précipitai vers elle, mais dans la porte je m'arrêtai, car alors seulement je me rappelai qu'elle était déjà morte, et je craignai d'entrer, étant sûr de la revoir. Dans ce moment mon camarade vint à moi et me demanda qu'est-ce que j'avais? Je lui dis ce qui venait de se passer; alors nous entrâmes au cabinet où nous ne trouvâmes personne. Mon camarade, ayant entendu la brusque interruption de mon jeu, avait levé la tête et, tant que je me rappelle, disait avoir vu aussi quelqu'un passer devant la porte de mon cabinet; mais, voyant mon excitation, il me dit, pour me tranquilliser, que probablement c'était Nikita, mon domestique, qui était venu arranger la lampe. Nous allâmes immédiatement dans sa chambre, il n'y était pas; il était en bas, dans la cuisine, oú il préparait le samovar. Voilà comment je vis Palladia pour la première fois, trois ans après sa mort.
Après la première apparition de Palladia, en Octobre, 1876, et jusqu'à présent, je la vois souvent. Il arrive que je la vois trois fois par semaine, ou deux fois le même jour, ou bien un mois se passe sans la voir. En résumé, voilà les traits principaux de ces apparitions.
(1) Palladia apparait toujours d'une façon inattendue, me prenant comme par surprise, juste au moment quand j'y pense le moins.