"(Signed) Basil Bajenoff,
"Priest of Trinity Church, at Koi, District of Kashin,
Government of Tver."
VII. E. The following is quoted from the "Report on the Census of Hallucinations" in Proceedings S.P.R., vol. x. p. 284.
From Countess Eugénie Kapnist:—
June 24th, 1891.
A Talta, en Février, 1889, nous fîmes la connaissance de M. P. et de sa femme, passant la soirée chez des amis communs qui avaient tenu à nous réunir. A cette époque, M. P. souffrait déjà d'une phthisie assez avancée; il venait de perdre, à Pétersbourg, son frère, atteint de la même maladie. On pria ma sœur de faire un peu de musique, et elle choisit au hasard le Prélude de Mendelssohn. A mon étonnement je vis M. P. que nous ne connaissions que de ce soir, aller, très émotionné, prendre place auprès du piano, et suivre avec une espèce d'anxiété le jeu de ma sœur. Lorsqu'elle eut fini, il dit que pour quelques instants elle venait de faire ressusciter son frère, exécutant absolument de la même manière ce morceau, qu'il jouait fréquemment. Depuis, en voyant ma sœur, il aimait particulièrement à causer avec elle. Je puis certifier ainsi qu'elle une conversation que nous eûmes à une soirée, au mois de Mars. Nous parlions de la mort, chose fréquente à Talta, toujours peuplée de malades:—"Savez-vous," disait-il à ma sœur, "il me semble toujours que mon esprit est très proche du vôtre; j'ai la certitude de vous avoir déjà connue; nous avons dans la réalité une preuve que ce n'est pas en ce monde—ce sera que je vous aurais vue durant quelqu'autre vie précédente" (il était un peu spirite). "Ainsi donc, si je meurs avant vous, ce qui est bien probable, vu ma maladie, je reviendrai vers vous, si cela m'est possible, et je vous apparaîtrai de façon à ne pas vous effrayer désagréablement." Ma sœur lui répondit, prenant la chose très au sérieux, qu'elle lui rendrait la pareille si elle mourait la première, et j'étais témoin de cette promesse mutuelle.
Néanmoins nous fîmes à peine connaissance de maison; nous nous rencontrions parfois chez des amis communs, et nous le voyions souvent se promener sur le quai dans un paletot couleur noisette qui excitait notre hilarité et qui nous resta dans la mémoire je ne sais plus pourquoi. Au mois de Mai, nous partions de Talta, et depuis nous eûmes tant d'impressions diverses, nous vîmes tant de monde, que jusqu'à l'hiver suivant nous oubliâmes complétement M. P. et sa femme, qui représentaient pour nous des connaissances comme on en a par centaines dans la vie.
Nous étions à Pétersbourg. Le 11 Mars, c'était un lundi de Carême en 1890, nous allâmes au théâtre voir une représentation de la troupe des Meiningner. Je crois qu'on donnait Le Marchand de Venise. Mlle. B. était avec nous, venue de Tsarskoé à cette occasion. La pièce terminée, nous n'eûmes que le temps de rentrer à la maison changer de toilette, après quoi nous accompagnâmes Mlle. B. à la gare. Elle partait avec le dernier train, qui quitte pour Tsarskoé Sélo à 1 heure de la nuit. Nous l'installâmes en wagon, et ne l'y laissâmes qu'après la seconde cloche de départ.
Notre domestique allait bien en avant de nous, afin de retrouver notre voiture, de manière que, gagnant le perron, nous la trouvâmes avancée qui nous attendait. Ma sœur s'assit la première; moi je la fis attendre, descendant plus doucement les marches de l'escalier; le domestique tenait la portière du landau ouverte. Je montai à demi, sur le marchepied, et soudain je m'arrêtai dans cette pose, tellement surprise que je ne compris plus ce qui m'arrivait. Il faisait sombre dans la voiture, et pourtant en face de ma sœur, la regardant, je vis dans un petit jour gris qu'on eût dit factice, s'éclaircissant vers le point qui attachait le plus mes yeux, une figure à la silhouette émoussée, diaphane, plutôt qu'indécise. Cette vision dura un instant, pendant lequel, pourtant, mes yeux prirent connaissance des moindres détails de ce visage, qui me sembla connu: des traits assez pointus, une raie un peu de côté, un nez prononcé, un menton très maigre à barbe rare et d'un blond foncé. Ce qui me frappe, lorsque j'y pense à présent, c'est d'avoir vu les différentes couleurs, malgré que la lueur grisâtre, qui éclairait à peine l'inconnu, eût été insuffisante pour les distinguer dans un cas normal. Il était sans chapeau, et en même temps dans un paletot comme on en porte au sud—de couleur plutôt claire—noisette. Toute sa personne avait un cachet de grande fatigue et de maigreur.
Le domestique, très étonné de ne pas me voir monter, arrêtée ainsi sur le marchepied, crut que j'avais marché dans ma robe et m'aida à m'asseoir, pendant que je demandais à ma sœur, en prenant place à côté d'elle, si c'était bien notre voiture? A tel point j'avais perdu la tête, ayant senti un vrai engourdissement de cerveau en voyant cet étranger installé en face d'elle, je ne m'étais pas rendu compte que, dans le cas d'une présence réelle d'un semblable vis-à-vis, ni ma sœur, ni le valet de pied ne resteraient si calmement à l'envisager. Lorsque je fus assise, je ne vis plus rien, et je demandais à ma sœur:—"N'as-tu rien vu en face de toi?" "Rien du tout, et quelle idée as-tu eue de demander, en entrant dans la voiture, si c'était bien la nôtre?" répondit-elle en riant. Alors, je lui racontais tout ce qui précéde, décrivant minutieusement ma vision. "Quelle figure connue," disait-elle, "et à paletot noisette, cette raie de côté, où donc l'avons nous vue? Pourtant nul ne ressemble ici à ta description"; et nous nous creusions la tête sans rien trouver. Rentrées à la maison, nous racontâmes ce fait à notre mère; ma description la fit aussi souvenir vaguement d'un visage analogue. Le lendemain soir (12 Mars) un jeune homme de notre connaissance, M. M. S., vint nous voir. Je lui répétais aussi l'incident qui nous était arrivé. Nous en parlâmes beaucoup, mais inutilement; je ne pouvais toujours pas appliquer le nom voulu à la personnalité de ma vision, tout en me souvenant fort bien avoir vu un visage tout pareil parmi mes nombreuses connaissances; mais où et à quelle époque? Je ne me souvenais de rien, avec ma mauvaise mémoire qui me fait souvent défaut, à ce sujet. Quelques jours plus tard, nous étions chez la grandmère de M. M. S.:—"Savez-vous," nous dit-elle, "quelle triste nouvelle je viens de recevoir de Talta? M. P. vient de mourir, mais on ne me donne pas de détails." Ma sœur et moi, nous nous regardâmes. A ce nom, la figure pointue et le paletot noisette retrouvèrent leur possesseur. Ma sœur reconnut en même temps que moi, grâce à ma description précise. Lorsque M. M. S. entra, je le priai de chercher dans les vieux journaux la date exacte de cette mort. Le décès était marqué au 14 du mois de Mars, donc, deux jours après la vision que j'avais eue. J'écrivis à Talta pour avoir des renseignements. On me répondit qu'il gardait le lit depuis le 24 Novembre et qu'il avait été depuis dans un état de faiblesse extrême, mais le sommeil ne l'avait point quitté; il dormait si longtemps et si profondément, même durant les dernières nuits de son existence, que cela faisait espérer une amélioration. Nous nous étonnions de ce que j'aie vu M. P., malgré sa promesse de se montrer à ma sœur. Mais je dois ajouter ici qu'avant le fait décrit ci-dessus, j'avais été voyante un certain nombre de fois, mais cette vision est bien celle que j'ai distinguée le plus nettement, avec des détails minutieux, et avec les teintes diverses du visage humain, et même du vêtement.
Comtesse Eugénie Kapnist.
Comtesse Ina Kapnist.