“La Sânkhya Kârikâ est en vers: En Grèce, la poésie a été pendant quelque temps la langue de la philosophie; Empédocle, Parménide, ont écrit leurs systèmes en vers. Ce n’est pas Kapila qui l’a écrite. Entre Kapila, et l’auteur de la Kârikâ, Isvara Krishna, on doit compter quelques centaines d’années tout au moins: et le second n’a fait que rediger en vers, pour aider la mémoire des élèves, la doctrine que le maître avait laissée sous la forme axiomatique.

“On conçoit, du reste, sans peine, que l’usage des vers mémoriaux se soit introduit dans l’Inde pour l’enseignement et la transmission de la science: c’était une conséquence nécessaire de l’usage des aphorismes. Les sciences les plus abstraites (mathematics, astronomy, algebra), emploient aussi ce procédé, quoiqu’il semble peu fait pour leur austérité et leur precision. Ainsi, le rhythme est, avec les aphorismes, et par le même motif, la forme à peu pres générale de la science dans l’Inde.”

(Kapila as a personage is almost legendary; nothing exact is known about him. His doctrine passes among the Indians “comme une sorte de révélation divine”. — Pp. 252, 253.)

M. Mohl observes as follows:—

“Ceci m’amène aux Pouranas. Nous n’avons plus rien du Pourana primitif, qui paraît avoir été une cosmogonie, suivie d’une histoire des Dieux et des families héroïques. Les sectes ont fini par s’approprier ce cadre, après des transformations dont nous ne savons ni le nombre ni les époques: et s’en sont servies, pour exalter chacune son dieu, et y fondre, avec des débris de l’ancienne tradition, leur mythologie plus moderne. Ce que les Pouranas sont pour le peuple, les six systèmes de philosophie le sont pour les savants. Nous trouvons ces systèmes dans la forme abstruse que les Hindous aiment à donner à leur science: chaque école a ses aphorismes, qui, sous forme de vers mnémoniques, contiennent dans le moins grand nombre de mots possible tous les résultats d’une école. Mais nous n’avons aucun renseignement sur les commencements de l’école, sur les discussions que l’élaboration du système a dû provoquer, sur les hommes qui y ont pris part, sur la marche et le développement des idées: nous avons le système dans sa dernière forme, et rien ne nous permet de remplir l’espace qui le sépare des théories plus vagues que l’on trouve dans les derniers écrits de l’époque védique, à laquelle pourtant tout prétend se rattacher. À partir de ces aphorismes, nous avons des commentaires et des traités d’exposition et d’interprétation: mais les idées premières, les termes techniques, et le systeme en tier, sont fixés antérieurement. Tous ces systèmes reposent sur une analyse psychologique très raffinée; et chacun a sa terminologie précise, et à laquelle la nôtre ne répond que fort imparfaitement: il faut donc, sous peine de se tromper et de tromper ses lecteurs, que les traducteurs créent une foule de termes techniques, ce qui n’est pas la moindre difficulté de ce travail.” R. Mohl, ‘Rapport Annuel Fait à la Société Asïatique,’ 1863, pp. 103-105; collected edition, ‘Vingt-sept ans d’histoire des Études Orientales,’ vol. ii. pp. 496, 498-9.

When the purpose simply is to imprint affirmations on the memory, and to associate them with strong emotions of reverential belief — mnemonic verses and aphorisms are suitable enough; Empedokles employed verse, Herakleitus and the Pythagoreans expressed themselves in aphorisms — brief, half-intelligible, impressive symbols. But if philosophy is ever to be brought out of such twilight into the condition of “reasoned truth,” this cannot be done without submitting all the affirmations to cross-examining opponents — to the scrutiny of a negative Dialectic. It is the theory and application of this Dialectic which we are about to follow in Sokrates and Plato.

CHAPTER III.[*]

[*] As stated in the prefatory note to this edition, the present and the following chapter have been, for convenience, transferred from the place given to them by the author, to their present position.

OTHER COMPANIONS OF SOKRATES.