Le papier était signé, et personne ne put disputer la possession des diamants à Julien, qui se trouva ainsi le vrai héritier de la fortune de son bienfaiteur.

Il était si riche, qu'il pensa aux pauvres enfants de la ville, orphelins comme lui. Il construisit une grande maison pour eux, et il leur raconta souvent l'histoire du portrait de son cher bienfaiteur.


[YVON ET FINETTE.][16]

Dans la Bretagne, il y avait autrefois la noble famille des barons Kerver. Le baron, qui était aussi brave que bon, avait douze enfants, six fils, grands et forts comme lui, et six filles, belles comme le jour, et vraiment adorables. Avec une telle famille vous pouvez comprendre que le baron Kerver était fier et heureux, et quand un autre enfant arriva, il dit: "Vraiment je ne sais pas où je trouverai la place pour ce garçon, le château est déjà plein!"

Le nouveau-venu fut appelé Yvon et bientôt il gagna tous les cœurs par sa franchise, sa bonne humeur et surtout par son courage, car il n'avait peur de rien. Quand Yvon eut atteint l'âge d'homme il dit à son père: "Mon père, vous avez tant d'enfants qu'il n'y a pas de place dans le château pour moi. Permettez-moi d'aller chercher fortune."

Le baron Kerver refusa d'abord de se séparer de son cher enfant, mais enfin il consentit au départ d'Yvon. Le jeune homme dit adieu à ses parents, à ses frères et à ses sœurs et partit gaiement en répétant la devise des Kerver: "En avant," chaque fois qu'un obstacle ou un danger se présentait. Enfin il arriva à la mer et s'embarqua dans un vaisseau prêt à partir, en criant: "En avant."

Quelques jours après, quand le vaisseau était en pleine mer, une tempête terrible s'éleva, et bientôt le vaisseau fut englouti par les vagues, et Yvon se trouva seul dans l'eau: "En avant," répéta-t-il courageusement, et il se mit à nager vigoureusement. Il arriva enfin en vue de terre, et après avoir fait beaucoup d'efforts il se trouva sur une plage, où il se reposa quelques heures avant de continuer son chemin.

Quand il fut un peu reposé, il grimpa sur une montagne, et du haut de cette montagne, il s'aperçut qu'il était sur une île. L'île n'était pas déserte, cependant, car Yvon aperçut une maison immense à quelque distance. Il se dirigea vers cette maison, et fut tout surpris en voyant la grandeur des portes et des fenêtres qui n'avaient pas moins de soixante pieds de haut.

Yvon ne se déconcerta cependant pas, et s'approcha de la porte. Le marteau était hors de portée. Il prit une grosse pierre et frappa à la porte. Un géant, qui n'avait pas moins de quarante pieds de haut, ouvrit la porte, et demanda d'une voix terrible: