Il plongea de nouveau la cuillère dans la soupe, et retira un bas. Il trouva les bas, les souliers, les pantalons, la chemise, la veste, l'habit, le chapeau; il trouva les navets et tous les autres légumes, mais il ne trouva pas de viande fraîche. Il comprit enfin qu'Yvon et Finette s'étaient échappés, et il se mit à leur poursuite. Il courait si vite avec ses longues jambes que bientôt il vit les fugitifs qui se dirigeaient vers la mer.
Finette vit aussi le géant; elle jeta le boulet de cuivre à terre, et dit: "Boulet, sauvez-moi!"
À l'instant la terre s'ouvrit, et un grand précipice parut entre le géant et les fugitifs, qui fuyaient toujours. Le géant, furieux de trouver cet obstacle, arracha un grand arbre, le jeta en travers du précipice, et se mit à califourchon pour passer de l'autre côté.
Il arriva enfin de l'autre côté, et continua la poursuite. Pendant ce temps, Yvon et Finette étaient arrivés au bord de la mer, mais il n'y avait pas de vaisseau en vue. Finette prit un boulet d'argent, le jeta à la mer en disant: "Boulet, sauvez-moi!" et au même instant parut un vaisseau, dans lequel Yvon et Finette s'embarquèrent promptement, et qui fit voile aussitôt.
Le géant arriva à la plage (au bord de la mer) à cet instant, et plongea dans l'eau pour saisir le bateau.
Alors Finette jeta le second boulet d'argent en disant: "Boulet, sauvez-moi." Au même instant parut un poisson, un poisson monstre. Le géant vit le poisson. Il eut peur, et il retourna vite à terre pendant qu'Yvon et Finette s'éloignaient rapidement.
"Nous sommes sauvés," dit Yvon avec joie.
"Ah!" dit Finette, "ce n'est pas encore sûr. Le géant a une tante qui est sorcière; elle essaiera de nous faire du mal, et je ne serai pas tranquille jusqu'à ce que nous soyons mariés dans l'église du château de Kerver, car jusqu'alors elle peut exercer son pouvoir sur nous."
Yvon consola Finette. Le voyage fut très agréable, et les jeunes gens débarquèrent enfin près du château de Kerver. Le vaisseau disparut aussitôt, et Yvon dit à Finette:
"Ma chère amie, vous êtes la plus belle et la plus charmante des femmes; il n'est donc pas convenable que vous entriez dans la maison de mon père à pied et ainsi vêtue. Attendez-moi ici. J'irai au château chercher une belle robe et un bon cheval, et alors vous pourrez vous présenter d'une façon convenable."