"Très-bien, je demande votre fils. Je le réclamerai dans trois jours à moins que vous ne deviniez mon nom."

En disant ces mots, le démon—car c'était un démon,—disparut, et le pauvre vigneron rentra chez lui. Mais il était si triste à la pensée de perdre son fils, et si tourmenté de remords à la pensée de son crime, qu'il lui fut impossible de manger ou de dormir.

Sa femme, inquiète de le voir si pâle, lui demanda enfin ce qu'il avait, et le pauvre homme lui avoua tout. La femme ne lui reprocha pas sa conduite, mais elle courut toute tremblante à l'église où elle raconta toute l'histoire au curé, qui était un brave homme, et qui avait la réputation d'un grand savant et d'un grand saint.

Le curé lui parla longtemps, et quand elle revint à la maison, elle dit à son mari: "Allez à l'endroit où vous avez vu le démon, et appliquez-vous à deviner son nom en priant Dieu de vous aider." L'homme alla à l'endroit où il avait commis son crime, mais le souvenir de ce crime l'empêcha de concentrer assez ses pensées. Il répétait sans cesse: "Oh! que j'aimerais savoir le nom de ce démon," mais comme il pensait plus à son crime qu'à autre chose, il ne trouva pas le nom du démon.

Le second jour la femme alla à l'endroit. Elle était décidée à sauver son enfant, et elle concentra si bien toute son attention, que bientôt elle entendit une petite voix sous terre, qui chantait tout doucement:

"Dormez, mon enfant, dormez bien. Votre papa, le démon Rapax, est parti pour vous chercher un petit compagnon; dormez, dormez bien."

La femme rentra toute joyeuse, et quand le démon se présenta le lendemain pour réclamer son enfant, elle lui cria joyeusement: "Eh, bonjour, Monsieur Rapax, comment vous portez-vous?"

Le démon, tout surpris, partit sans l'enfant, et quelques minutes après le vigneron faillit mourir de joie en voyant son oncle, qu'il croyait avoir tué, et qui venait l'inviter à souper. Le méchant démon Rapax, sachant que le vigneron était violent et envieux, l'avait trompé pour obtenir l'enfant. Grâce à la bonne petite femme il n'avait pas réussi, mais une chose bien certaine c'est que Bourdon ne fut plus jamais violent, il avait trop peur de commettre un crime, et il savait que le remords n'est pas une sensation agréable.


[LE CHEVEU MERVEILLEUX.][26]